
En quelques années à peine, Mego est devenue l'un des labels les plus influents de la sphère électronique, sur la foi d'une poignée d'artistes uniques et de sorties marquantes, toutes ou presque marquées par un furieux désir de changement et un radicalisme autant conceptuel que sonore. Influencés tant par la sphère post-industrielle que par l'electro, le harsh noise ou la pop, l'électronique post-moderne de Fennesz, Pita, General Magic ou Farmers Manual aura en premier lieu été essentiellement réactive, l'expression d'un ras-le-bol des principes rigides et des formats préétablis qui plombaient jusqu'à la plus innovatrice des musiques électroniques. L'utilisation extensive et intensive de l'erreur numérique, de l'improvisation temps réel (via des logiciels comme Max-Msp ou Super-Collider, au sein desquels ils élaborent leurs propres programmes), et du bruit blanc les a amené à créer une esthétique unique, faite de disruptions violentes, de mélodies découpées et de "glitches" intempestifs (tous ces sons qu'on avait jusqu'alors banni de la musique, les considérant comme des erreurs à éviter). Chaque artiste du label en a donné sa version : l'utilisation du matériau brut chez Pita, les crashes rythmiques chez le collectif Farmers Manual, les dysfonctionnements mélodiques et les nappes de bruit blanc statique pour un redéfinition de la pop musique chez Fennesz… Le petit label viennois a donné des idées à tout le monde ou presque, et a participé à l'évolution esthétique de tout un pan de la scène électronique mondiale.
Olivier Lamm
| Par ici, le site officiel |

Cheap est un label viennois fondé en 1993 par Patrick Pulsinger et Erdem Tunakan, après leur rencontre dans un marché d'Istanbul. "Erdem essayait de me voler ma valise. Je l'ai rattrapé et il m'a dit qu'on devrait faire de la musique ensemble." Ils utilisent de vieux synthés d'Europe de l'Est pour produire une electro minimale et bruyante. Depuis, ils ont sorti de nombreux maxis et albums de hip-hop déviant ou de techno chic, invitant leurs amis viennois (Potuznik, Ramon Bauer, Pita) en une confrérie electro second degré, régie par un sens de l'humour inaltérable (en cette période difficile politiquement en Autriche, le sens de l'humour est aussi une arme efficace). Louie Austen, Christopher Just, Mobile, Mika Vainio sont aussi présents sur le label.
Wilfried Paris

Le label Charhizma a été créé en 1999 par Christof Kurzman, militant de longue date (qui a figuré pendant dix-sept ans sur la liste des indésirables de la République), musicien dans de nombreux projets electro-acoustiques (001 Znort 101, Extended Versions, Josephine M, N.W.O, jusqu'à Orchester 33 1/3 récemment, un orchestre de 14 improvisateurs). Tous les projets ou presque sont sous-tendus par le désir d'inventer une nouvelle conception de la musique improvisée. Charhrizma est cependant un label qui revendique son éclectisme : Christof Kurzman défend autant la pop électronique de Bernard Fleischmann, que l'expérimentation de collaborations aussi passionnantes que celle de Dafeldecker, Kurzmann, Fennesz, O'rourke, Drumm et Siewert. Le label est en outre impliqué dans de nombreux projets trans-genres, collaborant à diverses manifestations artistiques. Ainsi Andrea Neumann et Annette Krebs ont composé la bande son d'un spectacle de danse, "Rotophormen", entre sonorités acoustiques et silences. L'activisme de Kurzman s'exprime également à travers l'organisation de manifestations ( en 95 et 99, le festival Phono Taktik, qui révéla la scène expérimentale viennoise...)
Wilfried Paris
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