
Les Chicks On Speed - Melissa Logan (New York), Alex Murray-Leslie (Sydney) et Kiki Moorse (Munich) - ont sorti l'année dernière, après une série de singles remarqués par la presse anglaise, l'album "Chicks on speed will save us all". S'y retrouve la fine fleur des producteurs européens, de DJ Hell à DMX Krew, pour treize titres electro flirtant avec le punk riot grrrls, entre God Is My Co-Pilot et David Carretta. Les trois jeunes filles sortent leurs disques sur leur propre label, Chicks on Speed Records, après un premier label de singles à tirage limité, Go Records, qui a produit des collectors en série (des collaborations avec DJ Hell, DMX Crew, David Caretta...). On compte trois références : une première version de leurs singles compilés, "The Un-releases", un premier véritable album, "Chicks on speed will save us all", et le premier album de Sylvester Boy, une sorte de clone futuriste et solitaire des Sigue Sigue Sputnik. D'autres devraient suivre, les Chicks on Speed ayant fermement l'intention d'envahir le monde en le noyant sous leurs produits auto-produits en pagaille (cds, tee-shirts, photos, livres, tableaux etc.) constituant à elles seules une petite entreprise mondialisante et freak. Ainsi, elles se sont récemment attaqué aux Etats-Unis, à travers le label K Records qui a sorti une re-version des singles réaménagée : "The Re-Releases of the un-releases". Ou comment vendre plusieurs fois un même répertoire (ce que ne manquent pas de faire également les multinationales du disque)...
Wilfried Paris

Le label de Cologne, dirigé par les activistes Georg Odijk et Frank Dommert, est le témoin essentiel de l'activité si particulière de la petite ville allemande, qui a amené Stockhausen et Can au monde... Un témoin forcément ambigu, à l'identité trouble mais marquée par la rigueur de l'expérimental (Odijk et Dommert faisaient tous les deux partie du collectif d'improvisation électracoustique Kontakta, dans lequel on retrouvait également Marcus Schmickler -de Pol et surtout Pluramon- et C-Schulz, de la mythique formation post-industrielle Workshop). La première sortie d'A-Musik fut l'édition vinyle du premier album de Microstoria, collaboration de Markus Popp d'Oval et de Jan St Werner de Mouse on Mars; le label s'est ensuite consacré au développement de ce qu'il convient d'appeler une famille, de toute la bande ex-Four Square Logos (Fx Randomiz et Holosud, avec Schlammpeitziger et bien sûr Mouse on Mars et Lithops) jusqu'aux différents projets de Schmickler... Le label a également édité Felix Kubin, Dat Politics ou les américains Phtalocyanine et Terre Thaemlitz. Récemment, ce sont les sous labels Sonig (dirigé par Dommert et St Werner), Entenpfuhl (consacré à l'expérimental pur et dur et qui publia en son temps le tout premier disque de ...Jim O'Rourke) qui se sont taillés la part du lion, en sortant C-Schulz et Hajsch, Vert ou Voice_Crack.
Olivier Lamm

Ces trois labels berlinois très liés, partisans d'une electronica très mélodique, lumineuse et aérienne (et très marquée par Autechre) oeuvrent à l'unisson, ou presque. Morr Music, dirigé par Thomas Morr, est le plus pastel des trois, si l'on excepte le monstrueux Phonem ; Lali Puna évolue dans un charmant registre post-Stereolab ; Bernhard Fleischmann, également repéré en Autriche chez Charhizma, le label de Christof Kurzmann, et Wechsel Garland dans une electronica-pop aux lignes claires et marquées par Brian Eno. Enfin le label s'est emparé du duo britannique Isan, autant adeptes des drones et autres bleeps analogiques que des mélodies Barbapapa. City Centre Offices, fondé par deux amis d'Arovane, un ex Digital Hardcore (si, si) et la moitié de Hermann & Kleine, occupe un territoire très balisé qui lorgne du côté le plus mélodique d'Autechre. On y trouve pèle mêle Arovane, Solvent, snd, ou encore Skanfrom et son electropop robotique. Certaines sortie peuvent énerver par leur côté post-autechrien très marqué (le label écossais Diskono s'est récemment fait remarquer en volant des pochettes du label et en revendant ses propres disques dedans avec la mention "regular Autechre clone" écrite à la main par dessus...) , mais la récente compilation "Cashier escape route", sur laquelle on retrouve également Pole, To Rococo Rot ou The Remote Viewer, est très réussie. Lux Nigra, enfin, qui publie également Arovane, est la demeure de Multipara ou Frederic Schikowski. Ces trois labels ont pour alliés des labels comme Musik Aus Strom (dirigé par Funkstorüng), Din (qui a sort le premier album d'Arovane), A.D.S.R (label de Skanfrom) ou encore Toytronic, à Londres.
Olivier Lamm

Uwe Schmidt, également connu sous les noms de Erik Satin, The Roger Tubesound Ensemble, Atom heart, Atom TM, Senor Coconut, et j'en passe, est l'instigateur fou du label Rather Interesting. Produisant lui-même foultitude de disque sur différents labels, il s'est lancé dans l'opération Rather Interesting en 1994 avec pour objectif de sortir pas moins d'un CD par mois. Entreprise en partie réalisée, les albums se succédant depuis lors à un rythme effréné, depuis "Flextone", orienté house à la compilation "Real intelligence", multipliant les collaborations (notamment avec Tetsu Inoue), échafaudant autant de concept-albums que de références, sous l'égide de l'association MACOS (Musicians Against Copyrighting Of Samples), Uwe Schmidt invente une musique futuriste et joyeuse faite de torsions sonores et de mélodies subtiles. Du hip hop latino ("XXX", Atom heart featuring Tea Time) au easy listening pitché ("Light musik", Erik Satin), en passant par les gimmicks Football-Bresil-Samba déstructurés ("14 Footballers in Milkchocolate", Midisport), Uwe Schmidt inonde l'auditeur de concepts électroniques et ironiques, comme ses versions samba du répertoire de Kraftwerk (sur "El Baile aleman", de Senor Coconut) ou leurs pendants inversés (de la musique d'Amérique latine, uniquement faite de sons électroniques : "El Gran baile", Los Samplers). Uwe Schmidt est un visionnaire, un monstre de productivité et d'inventivité, un génie. Achetez ses disques.
Wilfried Paris

Le label basé à Berlin de Stefan Betke, alias Pole, est tout entier dévoué à la cause d'une electronica dérivée du dub, où les dysfonctionnements informatiques servent de bases à des textures chaudes et à des climats lancinants. Les compilations Steaditizm regroupent des artistes du monde entier, de l'américain Kit Clayton au finlandais Vladislav Delay, sans oublier les Nu Dub Players de l'iconoclaste Bernd Friedman ou Jan Jelinek, alias Gramm (sur le label allemand Source -ne pas confondre avec le label français du même nom- de David Moufang) et Farben. Sans surprise, les artistes Scape explorent donc les mêmes territoires que ceux défrichés par leur boss Pole.
Olivier Lamm

Formé sur les cendres de l'ultra culte Basic Channel, Chain Reaction, dirigé par le secret et homérique Moritz Von Oswald alias Maurizio (mais existe-il seulement ? certains parlent de collectif) est de ces labels qui marquent à tout jamais leur empreinte et qui suscitent des vocations. Peu ou prou tous les artistes du label évoluent en effet dans la même veine, rythmique et volatile, linéaire et hypnotique, devant autant à la house minimale de Robert Hood qu'au dub d'Augustus Pablo ou à la techno amoindrie de Richie Hawtin. Scion, Vainqueur, Various Artists ou Fluxion évoluent donc tous dans cette étrange territoire, où les rythmes sont tellement répétitifs qu'ils en deviennent métaphysiques. Les artistes les plus caractériels du label sont tous vite aller se faire signer ailleurs, comme Vladislav Delay, Monolake ou Porter Ricks (formé par le culte Thomas Köner).
Olivier Lamm
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La structure polycéphale du militant Achim Szepanski, basée à Francfort, est tout simplement devenue incontournable. Des débuts ultra underground et forcément dancefloor de Force-Inc (sur lequel on retrouvait autant Alec Empire en version techno que le poupon house Ian Pooley) jusqu'à la création de Ritornell, c'est dix ans d'évolution de la cause électronique qui nous observent. La création de Mille Plateaux, d'abord consacré aux courants les plus sombres et introspectifs de l'electronica (les albums tordus de Cristian Vogel, Steel ou Alec Empire, les compilations Electric Ladyland ouvertes à toutes les dérives ultrasombres de l'illbient) puis consacré à peu ou prou tous les courants électroniques postmodernes (minimal electronica, post-industriel, post-ambiant...) a tout simplement enclenché la mutation de tout un pan de la musique électronique mondiale. Si, contrairement à d'autres labels comme Mego ou A-Musik, le label n'a publié que peu d'albums essentiels (citons tout de même la publication du "Systemish" d'Oval), c'est son activisme constant et la vivacité de sa production qui ont surtout fait l'importance de l'action quasi-politique du label, à portée communautaire et globalisante ñ voir les récentes compilations "Clicks and cuts" en forme de compte-rendu critique à volonté exhaustive des nouveaux courants électroniques. La division ne cesse de s'opérer : Ritornell est un sous-label de Mille Plateaux, consacré aux arborescences les plus extrêmes de l'électronique (néo-concrète, minimalisme); Position Chrome, dirigé par Panacea, est exclusivement destiné à la drum&bass façon digital Hardcore; Force Tracks marque un retour aux source du dance-floor (minimal house façon Kompakt, jusqu'aux maximalisme de Luomo); Force-Inc enfin est aujourd'hui consacrée à la musique en 4/4 dans tout ce qu'elle a de plus innovatrice (ce qu'on appelle aujourd'hui de gré ou de force la click-house). Pas un nouveau courant qui ait été oublié dans l'initiative libertaire de Szepanski.
Olivier Lamm
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