Les inventions de la NSA (National Security Agency) ne sont pas les seules à contribuer au panoptique contemporain. En revanche, ce qu'il faut peut-être voir dans l'émergence des différentes formes de surveillance électronique, c'est moins l'avènement d'une société carcérale que le témoignage d'une donnée irréductiblement humaine : le grand fantasme du siècle nouveau.

Le siècle se lève. Une nouvelle ère s'ébroue. Quelles particularités ? Les réseaux, dit-on. L'homme devient un animal électronique. Un portable contre son oreille, un ordinateur dans son salon, une adresse e-mail sur Yahoo. La grande peur du moment s'appelle Echelon. Avant tout ça, on pouvait dormir sur nos deux oreilles. Les pays s'espionnaient gentiment les uns les autres. Un agent infiltré par ci, une taupe par là, quelques documents confidentiels envoyés à l'ennemi. Depuis peu, la donne a changé. James Bond a été remplacé par un Superordinateur Cray. Les pays espionnent les citoyens. Les pays espionnent les sociétés. Quoi de neuf ? Pas grand-chose, si ce n'est la masse d'informations disponibles. Et le respect de la vie privée...

Le respect de la vie privée... Il est vrai que de l'autre côté de l'océan, le respect des libertés constitutionnelles constitue le dernier rempart de la démocratie. Mais de quoi a-t-on peur exactement ? On a peur de Big Brother. Parce que le programme Echelon représente un pas de plus dans la surveillance toute-puissante des individus par une machine qui les dépasse. Attention, Echelon ne nous surveille pas. Echelon nous observe. La nuance est de taille, et si l'aspect désagréable du procédé réside dans le fait qu'on aime garantir la confidentialité de notre train-train quotidien, il y a bien d'autres raisons de trembler.

Désormais, l'emploi de certains mot clés provoque un enregistrement automatique de nos messages sur les disques durs de la NSA. Admettons. A moins d'offrir une réplique d'AK47 pour la Saint-Nicolas ou d'appeler son chien Khadafi, il n'y a pas encore trop de raisons de se mettre à paniquer. Pas encore. Qui ne sait pas encore qu'un simple portable permet de localiser une personne, même si celle-ci n'est pas en train de téléphoner ? On peut même scanner à distance les conversations qui transitent par un téléphone mobile. Il est techniquement possible, pour un coût dérisoire, d'écouter tout ce que vous dites à votre portable. Et pas seulement la NSA : n'importe qui peut s'offrir le gadget. Quant aux lignes câblées, inutile de dire que leur mise sur écoute est un jeu d'enfant (déjà joué avec des pinces crocodiles ?). Continuons. Au moyen d'un petit virus communément appelé cheval de Troie, un tiers peut prendre possession de votre ordinateur, et l'utiliser à distance comme si c'était le sien. Lire tout le courrier, piller le disque dur, format c: , etc. L'opération est à la portée d'un adolescent. (...)









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