Pendant que nos écrivains auto-fictionnels ont toujours autant de mal à déplacer leur regard visqueux au-delà de leur sexe avachi, quelques trublions n'oublient pas l'Orwell de leur adolescence. Pour eux, pas de confusion possible : les magazines glacés pour se donner du bonheur ; les hardback pour se doter du kit de survie en territoire zéro. Quand la paranoïa galopante se fait production.

Surveiller et... punir

Quand Jérémy Bentham livre en 1791 le terme de "panopticon" à l'opprobre public, il était loin de penser que son concept de prison idéelle allait s'imposer dans les réalités comme une donnée immuable. Le "panopticon", ou la prison modèle où un gardien unique voit sans être vu. Près de deux siècles plus tard, Michel Foucault reprend l'idée dans son manifeste Surveiller et punir (1975) et impose le panopticon comme modèle de répression universel et généralisé. Dix ans avant l'avènement du tout informationnel, Foucault préfigure, par son étude, Echelon : un organisme para-étatique -donc légitimé- pourra à sa guise surveiller et filtrer les activités humaines en toute impunité. Echelon est bien ce grand "bâtiment en anneau où, d'une tour centrale, le surveillant peut voir, sans être vu". Nous sommes bien ces corps vils qui n'attendent qu'à être inspectés, fouillés puis suppliciés. L'ombre du bourreau, invisible, plane pourtant toujours au-delà de nos consciences.

Parano mode ON

Au-delà du champ conceptuel de cette surveillance invisible qui espionne et châtie à tout va, nombre d'écrivains ont injecté dans leur monde para-fictionnel une bonne dose de paranoïa, directement puisée de cette inexplicable impression d'être sans cesse surveillé. On le sait, les acides à tout va et les sniffs répétés (cf. Hunter S. Thompson et ses carnets gonzo) ont rapidement raison de la santé mentale déjà déviante de pas mal de personnalités. Il n'empêche, la paranoïa productive est galopante.
Au premier rang, Philip K. Dick, qui fait son maccarthysme ontologique et écrit au FBI chaque semaine pour dénoncer des ennemis imaginaires. Le journaliste français de passage devient en quelques lignes un agent du KGB commandité pour le tuer ; les occupants d'un restaurant voisin sont autant de monstres potentiels. Sans oublier, bien sûr, une vie recluse dans un appartement blindé, surveillé, toujours noir. Dick, écrivain de la surveillance ? Sans aucun doute, et l'homme au complet brouillé de Substance Mort est sûrement un des plus beaux spécimens de cette race improbable de non-héros génialement paranoïaques (...)









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