Bien loin des jeunes loups bcbg qui délivrent du scoop à la demande, Duncan Campbell est un journaliste écossais aguerri à la quête d'informations. Peu de sensationnel dans ses propos mais une analyse précise et documentée d'Echelon, grand automate de l'espionnage planétaire. Rencontre avec le plus flegmatique des espions freelances.

Echelon : la preuve

Une des questions les plus simples porte sur l'existence même d'Echelon. La réponse est qu'Echelon existe pour le simple fait que nous le voyons. N'importe qui peut le voir. Et même si les Américains utilisent beaucoup de surnoms pour le nommer, nous savons qu'il existe un système de surveillance planétaire, quelle que soit sa dénomination. En décembre 1995, des documents de la CIA ont même donné des détails précis sur Echelon, même s'ils ont supprimé son nom de tous les documents mis à disposition du public. Dans ces pages, tous les sites d'Echelon étaient même précisés et les tâches de chaque sites détaillées : Porto Rico, West Virginia, etc., tous ont des antennes satellites blanches énormes facilement repérables.
Tout au long des années 90, les informations ont circulé et les sites se sont graduellement révélés au grand public. Les missions même de chaque station Echelon sont clairement définies et accessibles à n'importe quel quidam dans les bibliothèques. Il y a ainsi beaucoup plus de preuves réelles de l'existence d'Echelon que pour nombres de projets des services secrets américains dont l'existence n'est jamais remise en cause. Il n'y a rien à rajouter à ces documents : ils parlent d'eux-mêmes.
Des amis se sont même introduits avec une simple échelle dans une station Echelon et ont pris des photos. Le paysage de l'intérieur est très ordinaire : des milliers d'ordinateurs et aucun être humain, car tout marche automatiquement. Ils ont réussi à pénétrer sur le site en franchissant tout simplement la barrière électrisée sans être touché. Je sais parfaitement comment ils ont procédé mais je n'ai pas le droit de dévoiler tous les détails, qui doivent rester secrets. Sur les bureaux d'Echelon, des dizaines de manuels sur Internet et quelques cendriers vides...

Echelon, qualité filtre

Echelon est avant tout un énorme filtre planétaire. Le système filtre près de deux millions d'e-mails par heure pour n'en retenir que quatre environs. Le principe ? Un croisement de mots-clés qui permettent aux automates de traitement de dégager les e-mails intéressants à étudier en détail. Et même si Echelon filtre les données avec près de 10 000 mots-clés, il ne faut pas se leurrer : beaucoup de messages passent à travers les mailles du filet. Mais le système est tout de même relativement intelligent : si trop de mots-clés polluent le message, Echelon ne les traite pas, ce qui exclue toute saturation du système par un spamming (note : envoi massif de messages) d'e-mails bardés de mots-clés.
Les cibles sont ainsi autant personnelles que généralistes. Tout le monde passe par Echelon, bien sûr, mais combien de messages sont réellement lus ? C'est en cela surtout qu'il faut modérer la paranoïa, même s'il faut rester vigilant. Echelon ne peut, de par le flot considérable de messages transitant dans le monde entier, voir et entendre tout le monde. Mais s'il y a des directives précises à propos d'un individu, effectivement, tout est alors possible. (...)









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