(...) D'autres pistes vous semblent plus séduisantes ?

Je suis assez d'accord avec Christian Vandendorpe, qui vient de publier un livre à la Découverte intitulé Du papyrus à l'hypertexte, les mutations du texte et de la lecture. Il faudrait pouvoir accéder librement sur le Net à tous les textes, sans attendre qu'ils tombent dans le domaine public. Tous les textes existeraient sur le réseau dans un format dégradé, de type Word ou HTML. Cela constituerait une sorte de bibliothèque universelle libre de droits. Je suis convaincue que cela favoriserait la promotion des oeuvres imprimées sur papier ou éditées sur d'autres supports. Chacun sait qu'il est très difficile de lire un livre sur son écran d'ordinateur. Au-delà de trois ou quatre pages, on éprouve le besoin d'imprimer. Donc cela n'épuiserait pas le désir d'achat, tout au contraire ! Mais notre rapport au livre n'est pas que de l'ordre de l'information ou de la connaissance. L'objet livre, c'est aussi pour chacun une manière de garder des traces, de baliser son itinéraire, son existence. Aussi, je ne vois pas du tout de contradiction entre l'accès libre aux textes sur le réseau et le désir de possession de certains ouvrages. Il n'y aura pas de disparition du livre papier, mais une cohabitation. Mon rêve serait de pouvoir consulter ma bibliothèque personnelle de n'importe quel endroit du Globe. En ce sens, l'e-book, le concept de bibliothèque nomade, me touche vraiment, dès lors qu'il s'agit d'un e-book ouvert et non fermé.
Enfin, les éditeurs auraient intérêt à exploiter le média Net pour ce qu'il est : un formidable moyen de promotion ! Des auteurs l'ont très bien compris, Stephen King par exemple. Il a raté son expérience de vente sur le réseau, mais il a réussi son opération marketing. Pendant des mois, on a parlé de lui dans la presse, de la parution et de l'arrêt de The Plant. De même, on parle d'un auteur comme François Bon qui a créé son site sur le Net. Pour autant, je suis convaincue que les textes sous forme dégradée ne remplaceront jamais les livres. Le support papier demeure le support noble et reste, en termes d'échange et d'usage, ce qui est encore le plus accessible. C'est donc l'intérêt de tous, de l'auteur, de l'éditeur comme du lecteur, de rendre réellement accessible le texte sur le réseau.

Propos recueillis par Yvon Le Mignan

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