(...) Quelle est votre perception de l'édition électronique ?

D'une part, il y a l'imprimeur numérique, qui n'est pas un éditeur et qui va dire : "Voilà, je mets en forme ce texte sous une forme électronique et ensuite éventuellement je rends le service d'une librairie, on va pouvoir acheter ce texte en tel ou tel format." Il se contente en fait d'adapter le format PAO papier au format numérique. Et, s'il met en place l'accès et la vente du texte sur le Web sous tel ou tel fichier, on peut le définir aussi comme libraire numérique ou diffuseur numérique. Alors, qu'est-ce qu'on appelle un éditeur numérique ? Quelqu'un qui joue un rôle de découvreur, qui exerce un choix et qui propose les oeuvres d'abord sous forme numérique. Des gens découvrent des textes sur le Web ou font appel à des auteurs reconnus et leur disent : "Vous pouvez écrire de manière plus libre, en prenant peut-être plus de risques, parce que moi, en tant qu'éditeur, je n'ai pas à imprimer deux mille exemplaires pour que l'affaire soit rentable." Le réseau offre la possibilité de prendre plus de risques que dans le circuit papier. D'ailleurs, la démarche de ces sites découvreurs, de ces éditeurs donc, passe éventuellement de l'édition numérique à l'édition papier des oeuvres ! Il y a une sorte de circulation des formes. C'est un vrai travail éditorial, quitte à proposer ensuite les textes sous un format numérique autre que le HTML, c'est-à-dire destinés aux e-books.

Et l'e-book justement, vous fait-il rêver ?

Il s'agit d'un support matériel électronique, un support extérieur ou nomade sur lequel on va pouvoir télécharger des fichiers numériques. L'e-book me semble assez fermé. En ce sens, il ne me fait pas du tout rêver. D'une part, parce qu'il y a cette question des formats propriétaires et, d'autre part, en termes d'usage et d'échange. A dire vrai, ce qui me semble plus intéressant, c'est la numérisation des textes, lesquels commencent à circuler sous forme électronique, de manière fluide dans l'univers du réseau, sans apparaître ensuite obligatoirement sur un support électronique type e-book. La dématérialisation du Net favorise un aspect communautaire, d'échange, quelque chose d'essentiel pour le livre. Tandis que les fichiers qu'on télécharge sur les e-books restent la propriété du fabricant des e-books. Les concepteurs de ces outils ne réfléchissent pas assez aux usages, liés au livre. (...)



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