Lancé en juin 1996, Zazieweb fait figure de pionnier dans le paysage Internet francophone. L'an dernier, Zazieweb s'est mis à l'heure de l'édition électronique en partenariat avec l'éditeur Edispher. On peut désormais lire sur son Palm Pilot l'agenda, l'actualité des sites et le guide des émissions littéraires. Pour Isabelle Aveline, le livre, quelle que soit sa forme, doit continuer à être un vecteur d'échanges.

Comment définiriez-vous Zazieweb ? Comme une vitrine ? Comme une interface entre le livre et le lecteur ? Comme une librairie en ligne ?

La définition de Zazieweb comme une interface me semble très intéressante. L'intérêt du Web, c'est la prise en compte de la relation à autrui sur un mode différent, plus "accéléré", plus "direct" que dans le réel. Il ne s'agit pas de reproduire des schémas qui existent, mais de construire de nouvelles relations. Ce qui m'intéressait au départ, et qui m'intéresse toujours, c'est la manière dont le média reconstruit, réinvente les relations entre les gens, entre les textes, entre toutes ces articulations possibles qui existent entre les personnes et les livres.

Internet vous semble-t-il un bon vecteur pour la littérature et pour les livres en général ?

Contrairement à d'autres médias, comme les revues ou les télévisions, tout le monde peut donner son avis sur le Web, donner accès à son espace personnel... Que ce soit des espaces de lecteurs, d'auteurs, etc. Sur Internet, il est assez facile de créer un support qui peut proposer une information décalée, plus ciblée, différente. Tout à coup on retrouve la force d'un média qui n'est pas forcément reconnu, officiel, et qui déjoue la puissance des médias traditionnels. Il y a une énergie, une vitalité, une liberté aussi là-dedans, et c'est très précieux par rapport au livre.

Le réseau crée-t-il de véritables opportunités pour les jeunes auteurs, pour la découverte de talents nouveaux ?

Le paradoxe du réseau est que tout est publiable et qu'en même temps rien n'est publiable. Il ne s'agit pas tant d'être sur le réseau que de parvenir à faire savoir qu'on y est. La difficulté sur Internet est de trouver l'information. Là, on retrouve les médiateurs traditionnels, grands libraires ou éditeurs, qui possèdent une forte puissance de communication et qui vont d'une certaine manière imposer leur marque et mettre en avant tel ou tel ouvrage, tel ou tel auteur. Pour ce qui est de l'autopublication, à laquelle vous faites allusion, c'est quelque part un leurre, mais aussi une chance pour des textes fragiles ou des tentatives un peu périlleuses. Cela suppose la promotion de son espace personnel d'auteur ou de lecteur, un travail en soi qui nécessite un savoir-faire et toute une réflexion sur la manière dont on peut promouvoir un texte, etc. Finalement, sur tout ce qui est site d'autopublication -on voit naître en ce moment une ribambelle de sites dits d'éditeurs mais qui, quand on regarde de près, fonctionnent en réalité sur l'autopublication-, on trouve des phénomènes du type "pensée universelle". Et là, sans aucun doute, on touche de très près au leurre, à l'arnaque. Mais d'autres sites créent de vrais espaces de découverte et imposent peu à peu leurs marques. On peut dire que Zazieweb se positionne en nouveau "média fureteur", médiateur du Web, s'agissant de l'actualité littéraire du Web ou de textes inédits... Ce qui est intéressant, c'est d'utiliser l'interactivité du réseau pour faire découvrir de jeunes auteurs sous des formes différentes. Avant, pour être publié, il fallait envoyer son manuscrit définitif à un éditeur qui le sélectionnait ou pas. Désormais, on peut éditer son texte et avoir un retour assez concret des lecteurs, puis avancer avec ça. Le Web offre en quelque sorte une possibilité évolutive au texte et ça c'est assez unique. (...)



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