(...) L'essentiel est de se poser les bonnes questions

La plupart des critiques se trompent de cible : ils s'attaquent au Net de façon générale là où ils devraient se poser la question d'une éducation à la navigation sur le Net, ou de cette exigence, de cette responsabilité indispensable à qui veut trouver son chemin sur le réseau. Le Net naît de la conjonction de centaines de milliers, de millions d'identités. Lorsque vous allez sur le Net, et que vous tombez sur un magazine ou une page personnelle, vous êtes dans un univers qui n'a pas été pensé pour vous, mais par un étranger, pour lui et ceux qui lui ressemblent. Alors, imaginez cette réalité à l'échelle du Net et toutes ses contributions !
Pour bien profiter du Net, il faut d'abord se poser sans tricher la question de ses motivations, de la nature de ce qu'on y recherche. Le Net suppose une interrogation, une énergie forte à mettre dans la question. C'est d'abord une jungle à défricher, une matière première dont chacun doit s'emparer pour construire, selon sa pertinence, sa logique, sa hiérarchie de valeurs, ses besoins et ses désirs, son propre chemin, son propre livre virtuel aux multiples ramifications...

Savoir mieux chercher

Certes, le Net me fait gagner du temps. Là où il me faudrait trois mois pour construire une biographie, de bibliothèques en bibliothèques, je la construis en trois semaines... Mais le coeur du travail reste le même, et il est énorme car il s'agit d'une vraie construction intellectuelle. Prenons un exemple : lorsque j'ai tapé dans les moteurs de recherche l'expression "agora virtuelle", au début je n'ai rien trouvé d'intéressant. D'autres personnes n'auraient pas été plus loin, pensant : "C'est nul le Net". Passant de sites en sites, j'ai continué à chercher, notamment au travers de liens sémantiques, d'expressions proches, de mots comme "démocratie" ou "communauté virtuelle". Au final, il m'a fallu une semaine à plein temps pour découvrir les agoras virtuelles d'aujourd'hui, des sites comme Grassroots.com ou, dans un autre genre, Indymedia.org...
La principale difficulté de la lecture électronique et de son accès à tous, c'est qu'elle suppose que chacun devienne ou redevienne à son niveau un chercheur, un enquêteur, et pour beaucoup (y compris des intellectuels), cela suppose la mise en cause de bien des a priori, et donc une vraie révolution mentale.

Propos recueillis par Ariel Kyrou



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