(...) Les ouvrages que vous publiez aux Editions de l'Eclat ont la réputation d'être d'excellente facture (qualité du papier, reliure, typo...). Est-ce que vous vouez un culte à l'objet livre ?
Disons que j'aime bien les livres, j'aime bien constituer une bibliothèque, j'aime bien pouvoir prêter mes livres et les voir revenir entiers... mais de là à vouer un culte au livre objet... Je ne crois pas que les livres de l'Eclat puissent prétendre figurer dans des catalogues de bibliophilie (ou bibliolâtrie)... Simplement je m'en tiens à certaines règles, sans pour autant renoncer à recourir à des techniques plus modernes (et surtout moins coûteuses) de mise en page et d'impression... De fait, la partie de mon corps vouée à la typographie traditionnelle s'est totalement atrophiée (d'où cette tâche noire au beau milieu de mon front...)
Dans un texte paru dans l'anthologie Libres enfants du savoir numérique, vous défendez l'idée du Lyber. Pourriez-vous nous expliquer exactement de quoi il s'agit ?
Vous voulez parlez du livre dont les éditeurs sont Blondeau et Latrive ? Le Lyber c'est la coexistence d'un même contenu sur deux supports. Un support papier, traditionnel, un livre, vendu dans des librairies ET un support numérique que toute personne peut consulter, télécharger, imprimer à sa guise sur le site des éditions (gratuitement et intégralement). L'idée est simple : c'est la bibliothèque (et le projet Lyber est né d'une colère à l'égard du débat sur le prêt payant en bibliothèque qui me semble l'ultime bataille qu'aurait dû livrer l'édition française...). Une bibliothèque sur le Net dans laquelle le lecteur peut lire les ouvrages qui l'intéressent, mais à qui on signale que, les lisant, il intègre une "communauté" à laquelle appartiennent déjà des auteurs, des éditeurs, des libraires, etc., et que pour faire en sorte que cette communauté puisse continuer à "agir", sa contribution est nécessaire (utile, bienvenue, etc.). Comment contribuer ? En achetant dans une librairie ce livre de tel auteur, publié par tel éditeur, qu'il a aimé ou qui l'a intéressé, qu'il voudrait faire aimer à ses amis, offrir à ses proches, etc. C'est actuellement la manière la plus simple de contribuer, tant que le livre électronique n'a pas mis à mort le réseau libraire (ce qui semble être son -ou l'un de ses- objectif(s), quand on lit la plaquette envoyée aux éditeurs par les marchands de Cybook...). Par la suite, et selon l'évolution du "marché" du livre, il faudra penser à d'autres systèmes... Mais tant que les deux supports coexistent, il n'est pas honnête de vendre deux fois la même chose... et il est temps, comme le suggère Mario Tronti, de voir resurgir "le critère de l'honnêteté" en ces temps de désertification des consciences. L'un des premiers éditeurs en ligne en France avouait récemment dans un entretien qu'une fois qu'il avait vendu une version numérique à un lecteur, si le livre avait plu, ce même lecteur revenait sur le site pour acheter la version papier. D'un strict point de vue commercial, c'est un très bon coup. Vendre deux fois un même "produit". La question est de savoir si le métier d'éditeur est seulement "du commerce" ou "aussi du commerce"... (...)