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| ![]() | ![]() Le philosophe Michel Onfray entrevoit dans la disparition progressive du livre et la naissance d'un nouveau support les prémices d'une nouvelle civilisation. Au-delà des questions sur les problématiques de prix, de mode de diffusion, de droits d'auteur, c'est à l'émergence d'un mode de pensée que nous assistons. Les bouleversements des codes d'écriture et de lecture signifient une perte de la mémoire et de la linéarité. Nous allons vers la création interactive, mais aussi vers l'épuisement de la rhétorique et de la raison, et la progression de l'illettrisme. ![]() Dans l'ouvrage collectif Prêter n'est pas voler sur le prêt gratuit en bibliothèque, vous faites la nécrologie du livre : "Naissance au XVe siècle avec les presses de Gutenberg, mort au XXe siècle avec les écrans de Bill Gates". Le Net a-t-il tué le livre ? Nous sommes passés dans une autre société et le livre tel que nous le connaissons depuis le XVe siècle n'obéit plus aux anciennes règles. Ca s'est terminé avec l'apparition du Net qui permet de se dispenser de l'impression et de la diffusion du livre en tant qu'objet pour faire circuler des informations de manière planétaire. Le Net, c'est l'avènement d'un autre support, mais n'est-ce pas aussi l'occasion de faire perdurer l'oeuvre écrite dans une logique de profit puisque les coûts sont considérablement réduits ? Il s'agit d'une nouvelle façon de penser, de formuler des idées. La philosophie antique s'est exprimée à travers l'oralité et l'écrit n'était utilisé qu'accessoirement pour conserver quelques traces ; ça supposait un travail particulier et spécifique de la mémoire basé sur la versification. On pensait d'une certaine manière, et quand le livre est arrivé, on a pensé autrement. Donc la disparition du livre va induire un autre mode de pensée. Et ce nouveau mode de pensée qui existera sur le Net n'empêchera pas les gens qui font du profit de continuer à en faire ici ou ailleurs. Mais ça permettra à certains de faire circuler gratuitement des idées... En tout cas pour l'instant. On ne sait pas encore quel moyen les capitalistes inventeront pour rendre ça monnayable. Je crois qu'il faut repenser le prix du livre. Les droits d'auteur, c'est une chose ; cependant, ne mettons pas ça en perspective avec les obligations du lecteur, mais plutôt avec les immenses bénéfices réalisés par les distributeurs et les diffuseurs. C'est un travail qui ne justifie pas que l'on ponctionne 60% du prix du livre. Il est donc bien évident que le jour où la diffusion et la distribution se feront de manière plus légère, car informatisée, et qu'il suffira d'envoyer un texte sur le réseau, alors il faudra penser les prix autrement. Je ne suis pas pour une gratuité intégrale. Cette idée que la culture étant à tout le monde, on peut jeter ou garder n'importe quoi comme on l'entend ne me convient pas non plus. Mais il y a une différence entre une gratuité intégrale et la possibilité pour ceux qui font de l'argent d'en faire encore plus. Je fais confiance aux marchands pour inventer des techniques qui leur permettront de retrouver les bénéfices qu'ils perdront ailleurs ! Vous parliez de caducité du prix unique dans Prêter n'est pas voler... J'ai parlé de caducité du prix unique à propos du livre tel que nous le connaissons encore aujourd'hui, mais il faut aussi considérer ce qu'il sera demain. Si on parle du livre aujourd'hui, il est en péril. Doit-on considérer que des informations sur du papier, c'est du livre ? Vraisemblablement pas. Le livre est mort, tué par la profusion des livres d'une certaine manière. Avec le Net, les cas de figures sont divers. Je peux mettre mon manuscrit directement en ligne gratuitement, mais je peux aussi passer par mon éditeur. Par exemple, Grasset m'a demandé d'écrire un livre qui sera spécialement adapté à l'e-book. Problème, car on est dans le brouillard complet... On ne sait pas du tout comment ça va se passer, ce que ça va donner, comment on va redéfinir la propriété intellectuelle. Les éditeurs et leurs directeurs commerciaux s'arrachent les cheveux. En ce moment, tout le monde cherche, fait des propositions. Des forces s'opposent : les hackers font progresser d'une certaine manière les techniques, les éditeurs se demandent si c'est trop tôt ou trop tard, s'il faut prendre de l'avance, créer la demande ou répondre à la demande. (...) | ![]() | ![]() ![]()
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| ![]() | ![]() Le test L'interview ![]() ![]() Richard Stallman HyperNietzsche | |||||||||||||