(...) Le bluff de l'hypertexte

Internet aidant, on a beaucoup insisté sur la logique de l'hypertexte, sur l'importance des notions de réseaux dans les sciences cognitives. Je pense pourtant que ce point est beaucoup plus problématique. Même les premiers chercheurs dans ce domaine ont été très réticents face à l'émergence d'Internet. Fortement influencés par les néo-structuralistes (la mort de l'auteur chez Foucault, la non-linéarité de la lecture chez Derrida, ou l'éclatement du texte chez Barthes), ils voyaient en lui une version allégée de tous ces procédés. Même constat pour le livre électronique : on nous promet une révolution dans notre appréhension de la lecture, un échange incessant, mais finalement les premiers exemples sont assez décevants. Bizarrement, à trop vouloir se rapprocher de son homologue papier, le livre électronique n'a pas su développer de réelles fonctionnalités hypertextuelles. Certes, on peut accéder facilement à n'importe quel chapitre ou à un dictionnaire, mais se pose par exemple le problème d'exportation des notes. Que faire dans ce cas : avoir toujours le livre sur soi ? Trop encombrant. Et si la capacité de mémoire (encore très faible) permet à terme de tout télécharger via un ordinateur ? Trop fastidieux. Et je ne parle même pas des systèmes propriétaires qui empêchent les copier-coller. Finalement, la solution serait une sorte d'ordinateur tablette, multi-usage, à la fois livre mais aussi bloc-notes, agenda ou lecteur MP3 comme peuvent le proposer aujourd'hui, les assistants personnels (Palm ou Pocket PC). Bref, il faudrait pouvoir intégrer la fonction livre électronique dans un objet réellement communicant.

Livres, bibliothèques, encore des frontières ?

Ce problème de l'hypertexte, encore assez peu développé, soulève une autre question : la possible disparition des frontières entre livre et bibliothèque où tout serait relié à tout. Un peu comme chez Borges, où ces lignes de démarcation finissent par disparaître et donnent naissance à un corpus textuel monstrueux. Plus que le contenu, c'est la connexion et la modélisation de la connaissance qui feraient la richesse de l'oeuvre. Dans la pratique, malheureusement, c'est encore loin d'être le cas. Les réseaux sont très fermés. Le Cybook, par exemple, avec sa volonté de rassurer les éditeurs et son format propriétaire ferme complètement le réseau. Impossible de trouver les ouvrages ailleurs que sur leur site. Seule tentative réelle, l'HyperNietzsche est encore à ce jour inédit. Paolo d'Irio, un philosophe italien passionné par les nouvelles technologies, a souhaité créer un système hyper textuel où il serait possible d'avoir à la fois les différentes versions du manuscrit du penseur allemand mais aussi toute son exégèse critique et ainsi animer une communauté de chercheurs. Pas de bol : ce projet doit faire face à des problèmes de droits et de traduction.

L'avenir est sur les bancs de l'école

Franchement, je ne pense pas que le système de vente on-line puisse foncièrement marcher. Ce qu'il faudrait faire, c'est plutôt commencer des expériences dans les écoles où la tablette électronique remplacerait les cahiers et serait une nouvelle manière de penser le rapport à la lecture et à l'écriture (exercices, mots croisés, mais aussi livres, bandes dessinées). Un moyen comme un autre d'entamer doucement l'évolution des mentalités et de faire siennes ces nouvelles fonctionnalités.

Propos recueillis par Benoît Maurer et Jérôme Schmidt



Paul Virilio
Pierre Cubaud
Bruno Samper
Douglas Coupland
Jean-Gabriel Ganascia
Michel Onfray
Michel Valensi
Pierre Levy
Isabelle Aveline
Renaud Camus
Philippe Olivier
Jean-Baptiste Touchard
Retour sommaire


Le test
L'interview



Richard Stallman
HyperNietzsche