Abu ou l'ancêtre par excellence de la diffusion en ligne : plus de 280 textes français disponibles, une soixantaine de membres actifs et une éthique baignant dans le monde du "logiciel libre". Entretien avec Pierre Cubaud, l'un des fondateurs.

Un peu d'histoire pour commencer

Tout a commencé en 1993 : en rapport avec nos propres recherches dans le domaine de l'informatique, nous avons créé par messages interposés l'association Abu en l'honneur d'Aboulafia, petit ordinateur du roman d'Umberto Eco Le Pendule de Foucault. Les premiers objectifs étaient relativement clairs : nous étions le site miroir du projet américain de bibliothèque universelle on-line Gutenberg et tous les fichiers se téléchargeaient à cette époque en mode ftp, guère pratique pour peu qu'on ne connaisse ni l'anglais ni la typologie utilisée pour classer des centaines de textes. Et puis, nous avions envie de développer le corpus du domaine public français : à peine une dizaine de textes étaient stockés à l'Oxford Text Archive, c'était trop peu. En un peu moins de six mois, une vingtaine de personnes s'étaient proposées et allaient constituer le noyau dur de l'association.

S'adresser à un public averti, mais être accessible par tous

L'intérêt, c'était de tester la nouvelle technologie Web, aussi bien du point de vue du rapport entre le fichier électronique et le papier que de celui de la recherche. Sony avec son Discman s'était heurté au monde de l'édition : sorti trop tôt face à un marché inexistant et des éditeurs encore peu conscients de l'importance de l'informatique, l'appareil du géant nippon a échoué faute de réel contenu. Pour le Web, c'est tout le contraire : un vrai contenu pour un vrai usage sans aucun engagement face à une technique qui permet de faire bien d'autres choses. Dès le début, nous avons reçu le soutien des milieux universitaires français (Université Paris VIII, linguistes de Nancy...), même si les pouvoirs publics n'ont guère daigné s'intéresser à nos actions. Le corpus s'est rapidement constitué, faisant de notre site l'une des premières bases de livres électroniques.
Les tâches de chacun étaient relativement circonscrites et permettaient rapidement de se poser les bonnes questions : comment découper un texte, comment le formater, quelle typologie utiliser... Autant d'interrogations qui ont permis de développer notre expertise technique et conceptuelle, par exemple sur des outils très perfectionnés de lexicologie ou de correction orthographique. Certains ont pris l'habitude de coder en iso latin1, de travailler et d'automatiser des tâches tout en devenant de plus en plus exigeants. Aujourd'hui, on peut ainsi consulter de nombreuses statistiques sur le nombre de visiteurs, sur leurs machines qui finalement ne sont pas si puissantes que cela, mais aussi sur la fréquence de tel mot dans n'importe quel ouvrage.
Enfin, il y avait une réelle volonté de privilégier le contenu et des fonctionnalités toujours utiles. C'est pourquoi tout se télécharge de la manière la plus simple possible en mode texte pur. Avant tout destiné à un public d'universitaires et de chercheurs, le site se devait de privilégier cet aspect. Même aujourd'hui, je suis sûr que n'importe quelle machine peut venir visiter le site, PDA et mobile compris. (...)



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