(...) Convaincre et impliquer les éditeursL'étape cruciale était de rassurer les éditeurs : ils sont les garants de la culture et dépositaires d'une marque, vivant sur un fonds éditorial qu'ils se doivent de protéger. Tout d'abord, il a fallu définir un standard minimal pour assurer la pérennité du contenu : ce fut le travail du consortium OEB (Open e-book) de donner les bases d'un langage (une évolution du XML) où les informations pourraient être stockées. De plus, il fallait les persuader que la lecture électronique était viable et n'allait pas entacher leur image de marque par une qualité médiocre et une mise en page aberrante, ce qui nous a contraints à innover et à créer les procédés Cytale page (six polices pour chaque texte, des fonctions de zoom...).
Il n'était pas question non plus d'empiéter sur le travail des éditeurs : nous ne sommes qu'un diffuseur numérique, en clair un libraire, qui prend une commission sur chacune des ventes sans clause d'exclusivité. Aux éditeurs de choisir les textes qu'ils veulent numériser ainsi que la politique des prix. En réalité, nous ne sommes que l'interface technique qui rend possible de telles pratiques.
Même combat du côté de la presse : mettre un quotidien en ligne tel que Le Monde en téléchargement nécessite de longues étapes préparatoires : reconstruire toute une interface de navigation, conserver l'image du journal, et parvenir à faire tout ce travail en une seule journée. Aujourd'hui, nous ne proposons que des mensuels et étudions de prêt ce phénomène.
Et l'avenir ?
Il est un peu tôt pour se prononcer sur l'évolution d'un marché qui n'existe pas encore. Trois pistes sont à l'étude : une amélioration esthétique indéniable du point de vue du format du livre électronique ; développer tout ce qui concerne les fonctionnalités pour mal-voyants, et plus particulièrement une lecture audio ; enfin la possibilité d'une grande bibliothèque hypertextuelle où certains livres pourraient suivre le processus de prêts on-line. Dans tous les cas, ce ne sont que des pistes, les éditeurs restant maîtres des mots.
Propos recueillis par Benoît Maurer et Jérôme Schmidt