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(...) Etait-il très directif ? Quels étaient vos rapports ? Il avait vraiment confiance en lui, il était sûr de ses choix artistiques. Mais il n'avait pas besoin d'être ambitieux vis à vis de son travail, tout semblait couler de source. Il n'a jamais critiqué ce que je faisais, il m'a souvent guidé. Dans l'art, il aimait beaucoup Tinguely, Dubuffet... Il adorait Bob Dylan mais on écoutait également James Brown, Stevie Wonder, Red Fox... Il existait entre nous une complicité et une compréhension inexprimables et je savais qu'il voulait imiter Warhol et la Factory. On avait vraiment le sentiment d'avoir une mission. Je faisais un tableau et s'il l'aimait bien, j'en faisais trente ; puis, on le faisait autrement. Il écrivait et réorganisait les paroles pour créer une autre histoire. L'objectif était pour lui de créer quelque chose de "faux primitif" dans la lignée de Warhol. Mais il avait un truc bien à lui, une façon d'être et une manière de peindre qui le différenciait des autres. On a réalisé 300 tableaux ensemble, avec une éthique de travail particulièrement sévère. Il ne fallait pas perdre de temps : on devait faire la fête, l'amour, mais il fallait travailler. Jean-Michel détestait les gens paresseux, il avait la certitude qu'on avait raison de vivre comme nous le faisions parce qu'on travaillait beaucoup à côté. Après votre départ de New York, êtes-vous restés en contact ? Plus où moins. J'ai travaillé à New York pendant un an et en 1984 j'ai quitté les Etats-Unis pour la France, puis l'Italie et le Brésil. C'est là que j'ai commencé à travailler le stuc florentin, sorte de patine en plâtre. On m'avait engagé pour refaire un appartement à Sao Paulo avec un ami. Ca a fait la couverture de Vogue. Ces fresques sont devenues une partie intégrante de mon oeuvre, même si ça n'a rien à voir avec la photographie que j'exerçais toujours par ailleurs. J'ai également réalisé quelques collages présentés au Max Linder, à Paris. En fait, John Lurie est l'unique contact que j'ai gardé. C'est une figure très importante des années 80. On a continué à travailler ensemble mais je ne voulais pas retourner à New York de toute façon. J'avais besoin de vivre ailleurs quelques temps. Donc après la période Brésil votre relation avec la scène new-yorkaise était terminée, définitivement ? Je suis revenu quelques semaines avant que Jean-Michel ne meure. On s'est revu au Nels, une boîte de nuit qui remplaçait un peu le Mudd Club. Avant, les décors étaient absents, c'était un sous-sol abandonné, et en arrivant au Nels, j'ai découvert des moulures, beaucoup de lumière, un restaurant, alors qu'au Mudd Club personne ne mangeait. C'est comme si nous étions tous devenus des adultes en l'espace de 5 ans. Deux mains se sont posées sur mes yeux, elles étaient très douces, c'était lui. Il souriait mais il n'était pas en forme. Comment expliquez-vous aujourd'hui cette contemporanéité attribuée à l'oeuvre de Jean-Michel Basquiat, comparé à celle de Warhol ? Depuis longtemps je considère son art comme conceptuel, même s'il s'agit de peinture. Lui, c'est le retour à l'être humain parce qu'il s'en dégage de la chaleur. Basquiat a remis un peu d'humanité dans la culture Pop tandis que Warhol se refusait à mettre de sa personnalité. Jean-Michel était quelqu'un de très "liquide", il était très sensuel et très actif. Il parlait peu mais quand il commençait, il avait du mal à terminer une phrase tellement il avait à dire. Jean-Michel existait par lui-même, il aurait pu être lui-même en dehors de la peinture. Propos recueillis par Maïa de Martin | ![]() | ![]() ![]()
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