Stefen Torton est photographe, vit à Toulouse depuis plusieurs années, voyage entre l'Europe, le Brésil et les Etats-Unis. A l'occasion de la sortie du film Downtown 81, cet américain chaleureux et spontané nous livre ses anecdotes et les souvenirs de sa rencontre inoubliable avec Basquiat. Son exposition qui vient de s'achever à l'Espace Paul Ricard s'annonce à la fois comme le couronnement de sa vie artistique new-yorkaise et comme les débuts d'une carrière solo.

Chronicart : Vous habitiez Downtown au début des années 80, comment vous êtes-vous retrouvé au coeur de la scène artistique new-yorkaise ?

Stefen Torton : Beaucoup de gens me disaient qu'il y avait des lofts déserts dans Downtown. J'aimais l'idée de pouvoir bricoler mon propre endroit et j'avais trouvé un appartement pour trois fois rien. J'étais jeune, je prenais des photos comme tout le monde mais je n'avais rien à voir avec la scène artistique. Et soudainement, je me suis retrouvé géographiquement au coeur de tout ça, sans comprendre ce qui se passait. J'étais en fait à trois minutes à pied du Mudd Club, le berceau des artistes du moment ; tous les gens de la nuit allaient là-bas, Jean-Michel Basquiat aussi. L'argent coulait à flots. On n'avait pas besoin de travailler, il suffisait juste de dormir chez des amis. Sur le plan artistique, le minimalisme s'épuisait complètement, il fallait trouver autre chose. De plus, il naissait une énergie nouvelle avec les graffitis et parmi les jeunes musiciens.

Comment avez-vous rencontré Basquiat ?

Je suis devenu portier au Mudd Club. C'est là que je l'ai croisé plusieurs fois mais on ne se parlait jamais, on s'observait simplement. La vraie rencontre a eu lieu à mon retour sur Paris où j'ai passé l'année 1981. Tout le monde me parlait de Jean-Michel comme d'un phénomène incroyable. Ce gamin qui vendait tout le soir même de ses vernissages, faisait des fêtes dans des grands restaurants. Et un jour, je suis passé chez lui avec John Lurie. Il a tout de suite fait le lien avec l'uniforme de portier du Mudd Clubb parce qu'il était très visuel et fonctionnait par connexions, comme le rappellent les textes dans ses tableaux. Comme il y avait beaucoup trop de monde à cette fête (des rappeurs, David Hochney, Anina Nosei, David Bird, des danseurs, etc.), il m'a proposé de faire le portier pour un soir. A la suite de ça, nous nous sommes revus et ça a fonctionné. Je suis devenu son assistant. C'est un souvenir incroyable.

Vous parliez de musiciens lors de cette fête. Quelle était justement la situation musicale par rapport à la scène artistique ?

Après le disco des années 70, la New wave était très intéressante. De petites compagnies de disques s'activaient en indé : Ze Records, The Coconuts... De jeunes musiciens devenaient des stars locales et le plus incroyable, c'est que si on était connu dans le coin, on devenait célèbre dans le monde entier. C'est un peu le côté égoïste de New York. Par exemple, Madonna fréquentait Basquiat pendant un temps. Lorsque j'étais son assistant, il m'en parlait au début ; je ne la connaissais même pas alors qu'elle commençait à être reconnue dans le monde entier. Pour moi qui était tout près, Madonna à l'époque, c'était personne. On se prenait vraiment pour le centre du monde. Musique et art se mélangeaient assez subtilement de sorte que s'il avait manqué un maillon, les choses auraient fonctionné complètement différemment. (...)









Femme des années 80
Productrice de "Downtown 81", Maripol pratique avec maestria l'art consommé du "name-dropping".




La rue est à nous
Basquiat impose l'appropriation du lieu public et sa visibilité maximale comme nouvelles règles de l'art.






Stefen Torton and the rest of the world
Le photographe Stephen Torton nous livre les souvenirs de sa rencontre inoubliable avec Basquiat.
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Downtown 81
le film


La B.O. du film
L'expo "Paris-Downtown" de Maripol
L'expo "Les Années Pop" à Beaubourg