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(...) André suit un parcours finalement classique, du tag au graff. Grillé par la police, saturé par les tags, il signe les rues avec de drôles de petites créatures toujours souriantes inspirées des Shadocks. Derrière le personnage, une pensée. Petit à petit, les "Shadocks" de Monsieur A s'intègrent dans la cité et constituent une quasi-référence culturelle. C'est précisément cette réflexion sur la ville qui donne l'idée à André de s'attaquer aux boîtes aux lettres d'habitude si mornes, pour leur offrir un sourire. Comme si la ville était un tableau géant, que toute sa matière était exploitable. Ici l'art n'est pas dans la technique mais dans la démarche.
D'autres "street artists" conjuguent technique et idée. Miss-Tic agrémente ses savants pochoirs de jeux de mots pertinents pendant que TomTom détourne les affiches publicitaires 4 x 3 en y insérant des messages subliminaux qui leur redonnent vie et renforcent leur pertinence. André The Giant colle des stickers ou des affiches pour faire réagir le public, le tout accompagné d'un message clair : "Obey", "Andre The Giant has a posse". Rien à vendre mais beaucoup à dénoncer. Honet, quant à lui, peint au hasard des lieux ses visages anguleux, carrés, qu'il décline en sérigraphies collées sur les wagons de métro. RCF, lui aussi issu du graffiti traditionnel, bombe (ou sticke) depuis 10 ans les stores. Ses fantômes aux traits maladroits sont autant de réminiscences du lettrage qu'il utilisait pour faire ses throw-ups.
Toujours attirée par le thème du détournement, cette nouvelle génération émergeante continue de traumatiser les murs et de multiplier les excroissances urbaines. Zeus immortalise le paysage urbain en traçant l'ombre d'un lampadaire, celle d'un poteau, d'une voiture ou d'un parcmètre. Invader s'installe sur les murs de Paris avec ses sprites en mosaïque déclinables à volonté.
Le phénomène "la rue est à nous" produit une émulation qui touche toute la France, notamment Toulouse où Miss Van a fait de sa poupée une silhouette emblématique de la ville. Grâce à elle, on peut apercevoir sur tous les murs de la Ville Rose des courbes provocantes qui se déclinent en couleur. Dans toutes les villes de France, on trouve désormais des expositions à ciel ouvert. Et le mouvement s'étend au delà des frontières : Barcelone, Amsterdam ou Tokyo, mais aussi Stockholm dont les rues sont visitées par Akayism et ses affiches aux messages anarchiques, destinées à imposer l'idée "d'un espace public appartenant à tous, sur lequel chacun peut s'exprimer."
Aidés par un buzz qui les rend populaires et branchés, ces picturo-graffitistes commencent petit à petit à exposer leurs oeuvres dans des lieux clos : squats, fêtes branchées, puis les galeries qui s'ouvrent en même temps que les ateliers. Ceux-ci s'empressent de leur faire un peu de place... Une nouvelle manière d'appréhender l'art urbain est née, le mot "art " ne rime plus avec "musée" mais avec "trottoir". | ![]() | ![]() ![]()
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