(...) Que pensez-vous du film de Julian Schnabel sur Basquiat ?

Il m'a déprimé. Jean-Michel y est présenté comme quelqu'un de faible, comme une victime. Ce film est bourré d'anachronismes, de clichés, de sensationnalisme bon marché. J'aime beaucoup Jeffrey Wright en tant qu'acteur mais le film joue beaucoup trop sur l'image d'un Basquiat junky. Dans notre film, Jean-Michel est très pur alors que dans celui de J. Schnabel il fait une overdose dès les dix premières minutes du film...

Quels liens aviez-vous alors avec Andy Warhol et la Factory ?

Andy est venu sur le tournage durant la scène avec James White and the Blacks. Et Glenn a travaillé pour lui à Interview Magazine en tant que rédacteur en chef et directeur artistique. D'une certaine façon, c'était notre père à tous, il était le "new-waver de la New-wave".

Etiez-vous autant liés avec des cinéastes émergents comme Amos Poe ?

Il y avait effectivement un mouvement qui s'appelait le "New Cinema" dont faisaient partie Eric Mitchell (réalisateur de Underground USA) et Amos Poe qui avait fait un documentaire extraordinaire sur la scène musicale, Blind generation. Je me souviens que des amis communs avaient tourné un film dans lequel il y avait Lydia Lunch. Il y avait aussi Becky Johnson, James Nares et même Jim Jarmusch qui venait juste de finir Permanent vacation.

On a l'impression que tout ce pan du cinéma américain a été occulté...

Effectivement. Et pourtant je pense que toute une génération aimerait voir les films qu'Amos Poe a tournés avec Debbie Harry ou ceux d'Eric Mitchell avec Vincent Gallo, The Way it is.

Lorsque vous avez retravaillé sur ces images, n'avez-vous pas éprouvé une certaine nostalgie ?

J'éclatais parfois en sanglots toutes les deux minutes, surtout à cause du fait que Jean-Michel n'était plus parmi nous. Mais l'important est d'avoir fini le film et de le présenter à une génération nouvelle. Car finalement la "New wave" n'a été qu'un phénomène assez court et fulgurant qui n'a pas vraiment perduré au delà des années 80's, même si Tuxedomoon ou Arto Lindsay par exemple s'en sont bien sortis. Je pense que ce qui a cassé un peu tout ça c'est Madonna, avec l'arrivée du son pop.

Vous avez pourtant travaillé avec elle...

Elle adore Air, et ce n'est pas pour rien que pour son dernier disque elle a fait appel à Mirwais, l'ex-guitariste de Taxi Girl. Tout le monde revient aux sources, et elle la première. Mais il y a une telle spirale infernale du tout commercial aux Etats-Unis qu'on se fait très vite happer par le système.

Comment êtes-vous passée de la New-wave à Madonna ?

Madonna est arrivée sur notre scène, assez tard, en 82-83, lors d'une aventure avec Jean-Michel. Elle est venue me voir un jour parce qu'elle voulait que je m'occupe de son style. C'était plutôt bien pour mes bijoux, je concevais déjà des croix, des trucs en caoutchouc et je faisais toutes les collections pour Fiorucci. Je me suis dit qu'il n'y avait pas mieux qu'une petite chanteuse comme elle pour les montrer. Et quand elle a joué dans Recherche Susan désespérément, elle était effectivement désespérée car on voulait lui faire porter des "vieilles fripes". Je lui ai dit qu'il ne fallait surtout pas s'en contenter, qu'elle devait rester maîtresse de son look. Alors elle venait le soir à la maison et on changeait tout.

Propos recueillis par Yann Gonzalez et Nathalie Piernaz









Femme des années 80
Productrice de "Downtown 81", Maripol pratique avec maestria l'art consommé du "name-dropping".




La rue est à nous
Basquiat impose l'appropriation du lieu public et sa visibilité maximale comme nouvelles règles de l'art.






Stefen Torton and the rest of the world
Le photographe Stephen Torton nous livre les souvenirs de sa rencontre inoubliable avec Basquiat.
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