Leur jazz ambiant trip-hoppé et les interventions vocales de MC Det restent l’un des meilleurs moments de la Route du Rock de Saint-Malo. Le secret du trio Red Snapper ? Jouer live et savoir improviser. Et bien s’entourer…


Chronic’art : D’où venez-vous ?

Rich Thair (batterie) : Londres, Cambridge et David est originaire de Virginie.

David Ayers (guitare) : Oui, mais je vis à Londres désormais. Ma famille et mes amis me manquent, j’aimerais bien les voir un peu plus souvent. Londres est un endroit nettement plus excitant où vivre, surtout pour un musicien.

Votre rencontre.

Rich : J’ai croisé Ali dans des groupes au cours des années. Je connais David depuis une dizaine d’années, depuis qu’il a débarqué des USA. Je l’ai rencontré à une compétition internationale d’escrime, en fait.

David : Oui, j’ai fait de l’escrime. A haut niveau, d’ailleurs, mais je n’aime pas m’étendre sur le sujet…

Ali Friend (contrebasse) : Je m’adonne au fencing (escrime en anglais et fait de poser une clôture) autour de mon jardin. Ça évite l’intrusion des gosses et des chiens des voisins. Je m’entends bien avec les chiens et les chats, mais les gosses, ça mord… Honnêtement, j’aime beaucoup les enfants, mais je ne pourrai pas en manger un entier !

Parlons de Making bones.

David : Making Bones est sorti il y a presque un an, maintenant. Pour nous, c’est déjà loin, nous pensons déjà à l’écriture d’un nouvel album. En fait, nous ne faisons pas de promotion pour ce disque, nous venons juste donner des concerts. Ce soir, nous jouerons des extraits de Making bones, mais aussi de Prince Blimey, un assortiment des deux, en quelque sorte. Un « Red Snapper greatest hits tour ».

Parmi vos admirateurs, on trouve des membres de Prodigy. Une collaboration future envisagée ?

Rich : On hait ces mecs ! Non, non, on travaille avec Maxim pour son album solo et peut-être nous rendra-t-il la pareille. S’il se conduit bien. C’est un polisson…

Je l’ai vu saccager la scène d’un festival l’an dernier suite à une coupure de courant…

Rich : Je l’imagine frustré, en train de tout casser dans le noir devant 10 000 gamins.

David : Les mecs de Prodigy sont bien plus mignons et gentils qu’ils en ont l’air en réalité.

La raison de la complexité des morceaux que vous créez ?

Rich : Nous sommes profonds.

Ali : La faute à nos égos. Chacun de nous souhaite être le plus important du groupe et chaque partie que nous écrivons pour notre instrument doit être la plus forte. A la fin, chaque morceau se compose de trois lignes de basses, d’autant de guitares, etc.

David : Cependant, nous essayons de faire en sorte que notre musique reste simple.

Rich : En général, on veut que nos créations soient à la fois immédiates et accrocheuses, mais sans tout dévoiler, sans tout livrer dès la première écoute. Il faut que le public découvre de nouveaux détails petit à petit. Comme on le fait pour un bon livre ou un bon film…

David : L’instantané, c’est bien, mais pour une courte durée.

Rich : La glace rentre dans cette catégorie.

Comment avez-vous recruté vos invités ?

Ali : Nous admirons beaucoup de gens, nous apprécions leur talent et travailler avec eux te fait réaliser qu’ils ont en général plusieurs projets en cours à la fois, un emploi du temps de ministre. C’était le cas des chanteurs qui ont collaboré avec nous jusqu’à présent. Nous avons toujours été conscients qu’ils ne vieilliraient pas avec nous !

Rich : Nous n’avions pas choisi ce que les trois invités présents sur cet album devraient faire. Nous les avons laissé travailler librement avec nous, puisque nous apprécions leur musique de toute façon. Nous les avons lâchés en studio avec nous. C’est ce qui arrive à Jake qui nous a rejoints.

Jake : Eh oui, je ne fais pas que potiche ici, contrairement aux apparences.

Je pensais que tu étais venu goûter à la bouffe et aux toilettes festivalières.

Jake : J’y goûte également. J’ai toujours aimé le style de Red Snapper, le fait qu’ils jouent live et je connais Rich depuis des lustres… mais j’avais envie de leur donner un angle plus électronique. Il fallait trouver le moyen d’introduire cette nouvelle touche tout en gardant leur spontanéité. Eux ne voulaient pas de l’aspect trop rigide, trop structuré de la musique électronique. Pour l’instant, j’en suis à un stade expérimental, ce que je fais change sans cesse, je monte sur scène, je joue avec les sons et les textures.

Rich : Nous utilisons Jake tout comme nous avions utilisé notre trompettiste, auparavant.

Meilleurs et pires souvenirs festivaliers.

Rich : Ce serait sans doute « T in The Park ». Nous y avons joué l’an dernier et la veille, nous étions en Norvège, ou dans un coin éloigné comme ça. Le voyage a été long et pénible. Finalement, à l’arrivée, nous nous sommes aperçus que le matériel et le sampler de Jake ne pouvaient pas marcher.

Jake : Déjà, mon matos avait du retard. Il n’avait pas pu prendre l’avion comme prévu, à cause de ce groupe de golfeurs participants à un tournoi, qui avaient rempli la soute avec leurs clubs de golf. L’avion débordait littéralement de clubs ! Mon sampler a donc pris le suivant et a atterri au tout dernier moment. Quand nous l’avons branché, il a refusé de marcher. Le tout devant 10 000 personnes un vendredi soir !

Rich : Et au final, on s’en est très bien sortis. Il a fallu se démerder, improviser, faire du 100% live.

Ali : On créait le spectacle au fur et à mesure… on improvisait.

Rich : Nos concerts préférés sont en général ceux que l’on donne devant 400-500 personnes dans des clubs enfumés. Les festivals sont un autre type de défi. Il faut séduire le public, le convertir très rapidement. Glastonbury, par exemple, est très difficile : il s’y passe toujours un truc sur l’une des cinq scènes et il faut retenir le public.

Ali : L’avantage d’un festival est, si l’on s’en sort bien, la possibilité de séduire le mec qui passait dans le coin et qui reste pour t’écouter.

Rich : Il y a deux ans, nous avons participé à ce festival en Espagne, dans les Pyrénées. C’était la première année, nous étions les derniers à passer. Il y avait un monde fou, nous n’étions pas du tout connus en Espagne à ce moment-là, mais l’ambiance était excellente et nous avons donné un concert d’enfer. Depuis, nous sommes très connus en Espagne ! Nous revenons juste d’un festival au Japon, avec Jeff Mills, Basement Jaxx, Richie Hawtin, etc. Nous étions les seuls à jouer vraiment complètement live. Le public a aimé, et tous ces gamins en parleront à leurs amis, qui en parleront à leurs amis, etc.

Et vous serez Big in Japan !

Rich : J’aime ce que tu viens de dire. Tu devrais faire du marketing.

Et Internet dans tout ça ?

Rich et Ali : Excellente invention ! Avec un peu de chance, ça coupera l’herbe sous le pied des grosses maisons de disques et les indépendants reprendront leur autonomie.

David : On pensera autrement lorsque notre prochain album se vendra à un unique exemplaire et que le reste se distribuera gratuitement en MP3.

Rich : Le MP3 me fait penser aux cassettes. On enregistre pour son plaisir, mais ça ne remplace pas un disque. Je continuerai à acheter des disques. J’ai horreur de le dire, mais Internet est un outil de marketing unique. Les petits labels ont intérêt à l’utiliser pour distribuer leur musique à moindres frais. Et puis les gamins n’ont pas les moyens de s’acheter tant de CDs que ça, heureusement qu’ils ont le MP3.

Ali : Quand on pourra télécharger directement sur vinyle, je serai un homme heureux !

Propos recueillis par

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