Les (mezzo)sopranos ayant chanté tout l’automne/hiver, laissons-nous guider, en France et même un peu au-delà, par quelques hommes d’exception pour un semestre lyrique très mâle, très bien…

Et à tout seigneur, tout honneur, l’année Bastille 98 commencera comme 97 s’était achevée, dans l’excellente compagnie de James Conlon, qui a réussi, il fallait le faire, à enflammer une production psycho-rigide de la Traviata (mais Gheorghiu !). Nouveau défi du maître des lieux : conduire, en alternance (février/mars), la Carmen sans grandes couleurs d’Arias, où l’on entendra en priorité Lorraine Hunt et Neil Shicoff (mais jamais les deux ensemble, hélas…), et un nouveau Tristan, dont il n’y a pas forcément grand chose à attendre, sinon Conlon…

Sans lui, mais dans la foulée, il faudra impérativement voir et entendre deux reprises triomphales : celle de Billy Budd tout d’abord, l’opéra très très mâle, justement, de Britten, vu ici, pourtant, par l’œil ému de Francesca Zambello. Et celle, incontournable, d’Onéguine, avec le considérable Hampson qui n’aura certainement rien à envier de ses plus prestigieux collègues russes. On ne le répétera jamais assez, il faut, maintenant plus que jamais, entendre le baryton américain, dont chaque incarnation, sur scène comme au disque, frappe les cœurs et les esprits : le Concertgebouw d’Amsterdam ne s’y est pas trompé, qui lui laisse, toute une saison durant, dix soirées carte blanche -si ça vous tente… Au sommet de ses moyens et de son art, Thomas Hampson, où qu’il passe, ne se rate sous aucun prétexte !

Un autre que le public et la critique plébiscitent à juste titre : le handelien incomparable Marc Minkowski, qui, un an après son foudroyant Ariodante (l’enregistrement sort ces jours-ci chez Archiv), réinvestira le théâtre de Poissy (23/02) pour un Semele très attendu. Poissy, qui se la joue d’ailleurs cette année baroque très haut-de-gamme, accueillant le 15 mai Christophe Coin pour la Clementina de Boccherini, puis le very british McCreesh, pour un Serse sans doute fort (en)chantant (6 juin).

A chaque époque son théâtre : là le Grand siècle, ici -c’est-à-dire au Châtelet, fidèle à lui-même- les temps modernes, et deux trios masculins d’anthologie. Ligeti/Salonen/Sellars, tout d’abord (février), pour une version révisée et en anglais du Grand macabre qui mit Salzbourg en émoi l’an passé. Et, et… (mais reste-t-il juste un strapontin ?), la reprise, pour deux soirées, du Wozzeck de Berg (9 & 11 mai), vu et lu par Chéreau et Barenboim, avec, comme en 92, la Marie de l’immense Waltraud Meier. Production d’ores et déjà historique, vous pourrez toujours, si vraiment pas de place, vous procurer la vidéo.

Avant de finir la saison à Paris-Bastille, où l’on entendra, en création mondiale, une Salammbô de Philippe Fénelon montée par la décidément très active Zambello (mai), il faudra faire, eh oui ! un grand tour par la France des régions, investie, cette année, par la garde montante des ténors de demain…

Profitant que Roméo Alagna traverse l’Atlantique pour faire la sérénade à sa nouvelle Juliette, -mais, au balcon du Met comme au disque annoncé pour mars, Gheorghiu aura fort à faire pour effacer le souvenir ineffable du couple que son époux formait avec Vaduva-, les divi des prochaines années débarquent donc sur l’hexagone… A Marseille se succéderont rien moins que Ramon Vargas (dans le rare Roberto Devereux de Donizetti et aux côtés de Kathleen Cassello), Raùl Gimenez dans un Barbier affichant aussi l’inégal Nucci, et, last but not least, le phénomène José Cura, à peine 35 ans et le très périlleux Alvaro de la Forza verdienne, qu’il chante déjà depuis trois ans : on accourra ! A Toulouse et Bordeaux, Tito Beltran confirmera sans doute qu’il est l’un des plus beaux Rodolfo qui soit, mais au Capitole, on surveillera de près le tandem Stephen Mark Brown/Leontina Vaduva

Deux coups de cœur, enfin, pour deux hommes d’ores et déjà incontournables sur la scène lyrique. Laurent Naouri (photo), d’abord, qui, résistant à la tentation médiatique, continue un parcours exemplaire de baryton d’exception. Don Giovanni triomphateur à Metz, à la fin de l’année dernière, on se précipitera écouter le Français à Tours dans Les contes d’Hoffmann (mars), à Lyon, le mois suivant, dans la fabuleuse production de Carsen du Songe de Britten (visible aussi à Strasbourg, en juin, avec le jeune qui monte, Stephan Genz), pour revenir, enfin, à Bastille, entendre son Comte des Grieux aux côtés de Swenson la sensas’ et de Lopardo (qui peut être bien, aussi…).

Enfin, ceux qui oseraient pousser jusqu’à Bruxelles (histoire de tester le nouveau TGV…) ne pourraient se passer d’entendre le très grand Antonio Pappano. Après son Don Carlos un peu chahuté et une Bohème au disque quelque peu boudée, le directeur de la Monnaie a vu sa cote grimper très haut en 97, grâce notamment à une Rondine unanimement plébiscitée (en attendant le Trittico, toujours avec les Alagna mari et femme), et son récent triomphe, au Teatro Real de Madrid, dans Peter Grimes. C’est Britten, justement, qu’on pourra donc à nouveau apprécier sous sa baguette souveraine, pour un Tour d’écrou au cast idéal (Rolfe-Johnson, Chilcott, Evans/juin). De quoi finir la saison en toute beauté, car à l’opéra comme ailleurs, tant qu’il y aura des hommes comme ça…

Renseignements
Opéra Bastille : 08 36 69 78 68
Théâtre du Châtelet : 01 40 28 28 40
Théâtre de Poissy : 01 39 79 03 03
Opéra de Marseille : 04 91 55 00 70
Théâtre du Capitole de Toulouse : 05 61 11 31 31
Opéra de Bordeaux : 05 56 48 58 54
Grand-Théâtre de Tours : 02 47 05 37 87
Opéra national de Lyon : 04 72 00 45 45
Opéra du Rhin – Strasbourg : 03 88 75 48 00
Théâtre de la Monnaie – Bruxelles :(32 2) 229 12 00

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