Formé il y a 2 ans, ce groupe de hip-hop nous offre aujourd’hui un premier album bourré de diversité et de fantaisies. Les six membres du groupe viennent tous de formations différentes. KLR, le septième membre disparu, a donné son nom à l’album. Hommage !

Chronic’art : D’où vient le nom Saïan ?

Saïan Supa Crew : Saïan vient de l’univers des mangas. Précisément du manga adapté à la télévision : Dragon ball Z. Ce n’est pas pour la connotation militaire ou guerrière mais plutôt pour la transformation qui te permet d’aller plus loin. C’est le type de personnage qui a marqué notre enfance à tous.

C’est votre premier album. Il dure une heure et quart. Y avait-il eu des scènes ou des maxis auparavant ?

Saïan est le résultat de la fusion de trois groupes qui s’est opérée en 1997. Nous avons sorti notre premier maxi, une auto-production, en juin 1998. On a également travaillé sur l’album du Double H et celui de K’reen. Nous avons participé à la finale française DMC à Paris et à la finale mondiale à NYC. Notre album est le fruit d’une succession d’expériences qui représentent notre vision du hip-hop.

KLR est un album très diversifié (titres rap, r’n’b, reggae, zouk, soul …). N’aviez-vous pas peur de vous disperser ?

Cette diversité est tout simplement la somme des goûts de chacun. Nous avons tous apporté notre pierre à l’édifice. Que dit-on ?, le morceau reggae, a été inspiré par Sir Samuel, qui est la vibration reggae de Saïan. On ne pense pas s’être dispersés car nous nous sommes efforcés de rester authentiques. Nous sommes attirés par les productions de qualité, qu’elles soient américaines ou françaises d’ailleurs. La musique que nous écoutions plus jeunes, comme la soul, le funk, la musique antillaise (certains membres du groupe sont d’origine antillaise) et le reggae, a largement influé sur le contenu de l’album qui sort aujourd’hui.

Ne pensez-vous pas que le rap français a un potentiel plus important que le rap américain, du fait des origines diverses des artistes hexagonaux ?

Six rappeurs qui proposent un album avec du rap, du r’n’b en passant par du zouk est un phénomène très rare. Si on compare aux américains, on se rend compte que cette diversité n’existe pas. Wyclef Jean -et ses origines haïtiennes- est pratiquement le seul contre-exemple. Les Français qui font du rap sont souvent issus de l’immigration et ont donc une richesse culturelle supplémentaire. Ils ont leur culture d’origine en plus de toutes les influences auxquelles ils peuvent accéder aujourd’hui. De plus, nos racines sont bien ancrées car nous sommes souvent issus de la deuxième génération alors que les afro-américains sont aujourd’hui très éloignés de leur origines.
Comment voyez-vous le rap dans les années à venir ? Pensez-vous que c’est la fin du rap « jackpot » ?

Le rap « jackpot » continuera malheureusement à exister. On trouvera toujours des groupes qui parasitent l’esprit hip-hop. Dans le même temps, on peut comprendre un jeune qui n’a jamais rien eu et se retrouve du jour au lendemain avec beaucoup d’argent. Il n’a pas envie que ça s’arrête. Il fera donc tout pour continuer à gagner cet argent facile, « C’est la magie du tiroir ». A qui la faute ? Aux radios, aux artistes, aux maisons de disques… La demande est créée par les médias. Dans l’absolu, le public ne demande que de la qualité. Si le public demande du noir et qu’on lui offre du marron en lui disant que c’est noir, il y croira. C’est lorsque les autres couleurs arrivent qu’il se pose des questions. En tant qu’artistes, nous nous devons de nous imposer et de ne pas tomber dans l’engrenage des radios et des médias. C’est la raison pour laquelle nous avons signé chez Source.

Qui s’occupe de votre son ?

Also Prod By, un producteur confirmé, s’est occupé de la plupart des titres. Le morceau Raz de marée a été produit par Gatlo. Pour les textes, il n’y a pas vraiment de recette. Ils viennent avant, après ou pendant l’élaboration des musiques. Le son et les textes correspondent au moment où ils ont été créés. C’est ce qui explique les différences d’ambiance et de styles entre les morceaux.

Seriez-vous prêts à faire remixer certains de vos titres par un DJ house ?

Tout à fait. Nous y avons déjà pensé. Nous sommes fan de house, de bonne house. Nous en parlions il y a peu. En fait, on retrouve des sonorités hip-hop dans cette musique. Nous connaissons d’ailleurs des danseurs qui vont dans des soirées house.

Une grande place est laissée à la voix, précisément aux sons de la voix. Le morceaux Pitchy and skcratchee show est un hommage (bribes de morceaux connus) ou une démonstration ?

C’est plus une dédicace au scratch et au human beat box (reproduction d’un rythme avec la voix, ndr). C’est un hommage comme le ferait un imitateur. C’est également un show, c’est le morceau scratch de l’album. Nous « beat-boxons » depuis des années. Nous voulions faire un morceau qui reflète ce travail.

Vous avez choisi des rythmes bossa nova pour le morceau KLR, le nom de votre ami disparu et le titre de l’album. Expliquez-nous ce choix.

Ce sont des rythmes doux et mélancoliques, mais pas tristes. C’est le titre le plus personnel de l’album. On s’est réellement laissés aller, il n’y a pas eu de direction. Nous avons exprimé ce qu’on avait réellement au fond de nous.

Propos recueillis par

Lire notre critique de KLR

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