Margo, groupe français à géométrie variable, fait du son, de l’image et des vêtements pour se produire sur scène, proposant une version pluri-disciplinaire de l’electropop. Mail interview à l’occasion de la sortie de leur album Furtive furies.

Chronic’art : Petite question biographique : comment avez-vous commencé le groupe ?

JF : Le groupe est né pendant nos études aux beaux-arts, Mel et moi nous sommes rencontré au lycée. La formation a pas mal évoluée autour de notre duo, en ce moment nous sommes trois : Mel écrit les textes, chante et fait des claviers (+ traitement de la voix sur scène), Florent est batteur (il joue également dans les excellents Playdoh), moi je fais toute la musique en studio, sur scène je suis surtout guitariste. Mel a commencé la musique avec Margo, Florent et moi avons joué dans des groupes rock quand nous étions lycéens.

Votre projet musical se situe au carrefour de plusieurs genres : l’electronica, la pop, la new-wave, l’electropop…. Y a-t-il une volonté de faire le lien entre une culture pointue (électronique) et une pop plus accessible ? Ambitionnez-vous de toucher un public élargi ou avez-vous conscience des limites, en terme d’audience, de votre projet ?

C’est vrai que nos influences sont très variées et que l’on prend beaucoup de plaisir à utiliser tout ça (on pourrait y ajouter le hip-hop, le rock’n’roll, etc.) Quand au fait de toucher un large public… on essaie surtout de faire ce que l’on aime, sans trop se poser ce genre de questions. Bien sûr, si notre musique pouvait toucher un large public, nous en serions très heureux. L’élitisme en règle général n’est pas dans notre conception des choses. Pour nous, le vrai luxe aujourd’hui ce n’est pas forcement d’avoir du « succès », mais plus de faire exactement ce que l’on veut (et ceci serait d’ailleurs totalement impossible sans l’aide de notre label, Peter I’m Flying!). Le paradoxe, c’est que l’on aime aussi bien des artistes comme Autechre que Madonna…

Margo est un projet « pluriculturel », associant mode, vidéos, graphismes, aux disques et aux concerts. Qu’est-ce qui a motivé cette volonté de diversification ? Comment s’exprime-t-elle concrètement ?

Durant nos études aux beaux-arts, on a très vite eu envie de mélanger toutes sortes de médium. Le fait de monter un projet étendu à diverses disciplines est aussi une façon de proposer quelque chose de plus personnel. Le but est de toujours essayer d’approfondir la personnalité de Margo. Ce n’est pas toujours simple car on ne veut pas non plus brider l’imagination du public. Concrètement cela passe par toutes les facettes de notre travail, la musique et les textes, qui sont à la fois très ouverts et très personnels, le spectacle sur scène (avec les vidéos ou les « costumes » que l’on appelle plus simplement vêtements… ) l’artwork et le site… nous faisons tout nous-mêmes. C’est notre petit côté hippie qui ressort !

Cette pluri-disciplinarité engage d’autres intervenants. Est-ce que le projet Margo dépasse le groupe initial et opère des rencontres extérieures ? Est-ce un projet qui implique l’idée de collectif, de communauté ?

Pour le premier disque, nous avons effectivement travaillé avec pas mal de monde, c’était très agréable.
L’identité de Margo peut aussi être modelée par d’autres (comme c’était le cas pour le disque de remixes…), mais cette fois-ci, on a fait cet album et tout ce qui va autour à deux. L’enregistrement de ce deuxième opus a été très long, et dans ces cas-là, il est peut-être plus simple de travailler en équipe réduite pour ne pas perdre le fil… Mais pour la scène Florent va venir secouer tout ça ! Et les apports extérieurs seront les bienvenus pour la suite de l’histoire…

Certains titres (Les Orties notamment) sont doux-amer, sucré-poivrés. Cette ambivalence des émotions est-elle préméditée ? Reflète-t-elle un aspect de votre personnalité ?

Effectivement, même si nos chansons donnent parfois l’impression d’être simples, elles sont toujours construites de façon à ce que chaque écoute donne une information supplémentaire à propos de ce que nous avons réellement voulu dire. Nous aimons penser que Margo est la rencontre entre notre réalité et le monde tel que nous le rêvons, un mélange entre Myazaki et les textes de Ian Curtis … Un peu prétentieux je te l’accorde, disons que c’est juste une image, pour situer.

Jacno (et ses productions pour Lio ou Elli et Jacno) semble vous avoir influencé. Que retenez-vous de l’electropop en général ? Quelles sont vos influences les plus marquantes ?

Ah ! Lio, Jacno… c’est vrai que sur ce disque il y a beaucoup de choses qui nous plaisent. En plus, nous devions avoir 4 ans et demi quand ça passait en boucle à la radio. Forcément, ça marque ! En fait, si on relève les disques qui nous font vraiment vibrer, ça donne une petite idée de notre vision de l’electropop : ce sera par exemple 17 seconds de Cure, Closer de Joy Division, Pop de Tones On Tails. Plus récemment, Veiculo de To Rococo Rot , les travaux ambients d’Aphex Twin, Stereolab produit par John Mc Entire… la liste est très longue.

Vous êtes particulièrement attentifs au sound-design. Quelle est l’importance de la production selon vous dans un projet musical quel qu’il soit ? Que pensez-vous des productions mainstream ?

En fait la production, la matière sonore, c’est l’outil que nous avons utilisé pour écrire nos premières chansons. Elles étaient basées sur des envies de sons plus que sur une vraie écriture mélodique. La mélodie venait souvent dans un second temps avec le chant. Mais pour ce nouvel album, les trois quarts des chansons ont étés composées voix / guitare… Pour nous, la production, le sound-design, c’est vraiment une composante de la composition : avec les nouvelles méthodes de travail, tout le monde peut avoir le son qu’il désire, le tout est de savoir ce que l’on veut. Ce qui ne nous empêche pas d’être très fan de certains disques à la production très « low-fi » (souvent beaucoup plus travaillés qu’ils n’y parait…).

Petite question « keyboards magazine » : sur quel matériel travaillez-vous (logiciels, synthés) ?

On utilise quelques vieux synthés analogiques (Korg Trident, Juno 106…), une drum station E-mu, des effects electrix (vocoder, filtre analogique…), des synthés virtuels (ES-1, par exemple ), l’EXS 24 en sampler (une carte son motu 828), puis Logic-Audio pour finaliser et diriger tout ça. Tous les sons repassent par une 16 pistes Mackie au mix final.

Propos recueillis par

Voir notre chronique de l’album de Margo, Furtive furies

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