17h. Dans le salon de l’hôtel Lutétia, c’est luxe et volupté puisque Coralie Trinh Thi, coauteur de Baise-moi le film, est assise à notre table en attendant sa complice Virginie Despentes, dans la pièce d’à côté pour un autre entretien. Un peu nerveux tout d’abord, l’actrice et réalisatrice nous met vite à l’aise en nous parlant de ses goûts musicaux et de la mystérieuse absence du titre sur les campagnes d’affichage. L’écrivain tardant à se montrer, nous décidons de commencer l’interview sans elle.Chronic’art : Est-ce que le désir de réaliser t’est venu en travaillant avec Garrel (Le Coeur fantôme) ou Grandrieux (Sombre) ?

Coralie Trinh Thi : Absolument rien à voir. Garrel, c’était juste chiant. Pour Sombre, c’était une très belle expérience, mais de pure comédie. En plus, j’ai travaillé avec d’autres gens tout aussi intéressants comme Catherine Breillat ou Laetitia Masson. J’ai aussi fait un porno de trois minutes avec Gaspar Noé, qui, lui, aurait pu me donner envie de passer à l’acte tant il semblait jubiler avec sa caméra. Le désir de réaliser, c’était Baise-moi, le bouquin que j’avais adoré et que j’avais lu quatre fois avant même de connaître Virginie.

Comment tu l’as rencontrée ?

Virginie Despentes entre alors en scène.

Coralie (à Virginie Despentes) : C’est des djeunes.

Virginie Despentes : Ah ! merde, c’est des sales jeunes.

Coralie : Bon, on peut commencer la légende. On s’est vues pour la première fois chez Alban (Ceray, ex-star du porno, ndlr). Par hasard (rires). Non, plus sérieusement, on s’est rencontrées pour un projet qui n’avait strictement rien à voir : un long métrage dans lequel je devais jouer avec Vanessa Demouy et qui s’appelait Trois étoiles. C’est là que je lui ai prêté une cassette du porno de John B. Root, Exhibition 99. C’est dans ce film que Virginie a découvert Karen et Raffaëla, et toute l’idée de Baise-moi est partie de là.

Une bonne partie du casting de Baise-moi est d’ailleurs composée d’acteurs d’Exhibition 99.

Coralie : C’est Karen et Raffaëla qui ont inspiré le projet. Après, on a rencontré plein de gens sans chercher particulièrement dans Exhibition 99. Le milieu du porno français est tout petit, c’est pourquoi on retrouve toujours les mêmes personnes. Il existe peut-être dix mecs professionnels en France, donc c’est normal de les voir dans Baise-moi. Et puis, c’est vrai que John B. Root a un talent particulier pour le casting.

Le contre-emploi de Hervé Pierre-Gustave est intéressant. Vous lui faites jouer un rôle doux, presque fraternel, alors qu’il est connu pour expérimenter des choses très violentes dans le porno amateur.

Virginie : Je l’ai trouvé magnifique, super bien, un vrai prince charmant.

Coralie : Jusqu’à ce que je lui prête les vidéos ! (rires)

Virginie : Mais le contraste est marrant. Et encore, on a dû couper vachement de scènes où il était également très tendre. Il a une présence super forte et c’était rigolo de jouer sur la contradiction.

Tu avais vu ses vidéos avant de le faire tourner ?

Virginie : C’est pas là que je l’ai trouvé le plus charmant. J’avais vu un film de lui…

Coralie : … où il enfonçait du papier-toilette dans la bouche d’une fille !

Virginie : Dans Baise-moi, c’est marrant de voir H.P.-G. qui n’enfonce rien nulle part à personne. T’as toujours l’impression qu’il va sortir son aspirateur (dans sa série de films Les Mamies perverses, H.P.-G. convainc une de ses actrices de se frotter le clitoris contre un manche d’aspirateur en marche, ndlr) ! (rires)

Tu as vu ce film ?

Virginie : Non, mais j’en ai entendu parler.

Coralie : C’est moi qui lui en ai beaucoup parlé.

(En regardant Coralie) C’est assez traumatisant, d’ailleurs.

Coralie : Oh, c’était pas moi en face de l’aspirateur. Restons tranquilles !

Virginie : Mais il y a plein d’acteurs dans le film qui sont pas des hardeurs.

Beaucoup d’acteurs non professionnels ?

Virginie : Ouais. Patrick Eudeline, par exemple. Ou Costes…

… Costes, c’est un acteur.

Virginie : Non, c’est un performer, pas un acteur.

Je l’ai vu dans une pièce de théâtre !

Virginie : Ah bon ?

Coralie : Il y a plus de personnalités que de comédiens. Les seconds rôles, on les a davantage choisis sur des critères humains.

Par rapport à Costes…

Virginie : Il a été énorme.
… c’était juste une envie de le montrer dans un film ?

Virginie : Non, il fallait trouver quelqu’un qui veuille bien faire la truie avec enthousiasme, et, du coup, on s’est dit qu’il n’y en avait qu’un et que c’était Costes. Parce que c’est pas facile, quand t’es avec ton scénar, de chercher quelqu’un à qui demander ça : « J’ai un rôle pour toi. C’est super sympa. Alors, tu prends un truc dans le cul, et… »

Coralie : Non, mais il y en avait un autre. Je te rappelle que j’avais réussi à convaincre quelqu’un, mais Costes était vraiment parfait pour ce rôle. C’est pas le seul qui a voulu le faire quand même, merde. C’est pas par désespoir qu’on a pris Costes.

Virginie : Mais il y avait que lui qui voulait le faire avec autant de… fureur.

Coralie : Voilà !

Vous aimez ce qu’il fait, sa musique, ses performances ?

Virginie : Ca m’a toujours fait vraiment rigoler. C’est tellement décalé, tellement provocant que pour le coup, ça m’épate. A ce stade, je dis : « Ok ! » (rires)

Coralie : Moi, par contre, je le connaissais pas et j’ai pas voulu m’y intéresser de trop près. Je l’ai vu au casting, il était très bien, mais j’ai pas chercher à fouiller plus loin.

Virginie, est-ce que tu as toujours voulu réaliser Baise-moi ou est-ce qu’à un moment, tu as pensé confier le projet à quelqu’un d’autre ?

Virginie : Je n’ai jamais voulu le confier à quelqu’un d’autre, mais j’ai longtemps pensé ne pas le faire. Comme les droits étaient déjà vendus, Godeau, le producteur, s’est chargé de le confier à d’autres gens. Comme on tombait pas d’accord sur le casting, j’avais lâché l’affaire avec lui. Je pensais vraiment faire autre chose. Et c’est Karen et Raf’ qui ont été le déclic.

Est-ce qu’elles ont bouleversé ton projet au point de te dire que tu allais pouvoir aller plus loin que tu ne le pensais au départ ?

Virginie : Non, mais que je pouvais aller là où je voulais aller au départ. Avant elles, j’avais trouvé des comédiennes qui étaient Ok, mais ils n’étaient pas pros. C’est le producteur qui les trouvait pas bien. Je me rappelle des tout premiers castings, il y a 4 ou 5 ans, quand les comédiennes arrivaient et me demandaient s’il fallait sucer pour de vrai. J’y avais même pas pensé parce que ça me semblait tellement évident. A l’époque, j’avais pas encore compris à quel point c’est super important dans la tête des gens. Vouloir faire Baise-moi et pas vouloir sucer, ça m’avait toujours paru… intéressant comme position mais bizarre.

Vous n’avez jamais pensé à prendre des acteurs traditionnels pour jouer les scènes pornographiques ?

Virginie : Ca m’est venu, et puis on a eu de grosses discussions avec Coralie qui m’a démontré par A plus B qu’on allait se foutre dans la merde, et je pense qu’elle a raison. Parce qu’il faut que ça marche, un mec.

Pour les problèmes techniques ?

Virginie : Ben ouais. Sinon, je pense qu’il y en a peut-être qui auraient bien voulu le faire. Mais après c’est chiant, parce qu’au bout d’un moment t’as l’impression de contraindre des gens à faire quelque chose qu’ils veulent pas. En fait, tous les mecs du hard qu’on a eus sont vachement bien. Titof, c’est une perle. Karim, Marc Barrow, Ian Scott… Tous ont été vraiment bien, agréables à filmer, à diriger, capables…

Quand, dans Romance, Catherine Breillat tourne une scène dans laquelle le personnage est censé bander et qu’elle se retrouve avec Sagamore Stévenin sans érection, c’est pas très crédible…

Coralie : Comment ça, il bande pas ?!

Virginie : Non, il bande un peu mou. Mais c’est pas son boulot.

Coralie : J’croyais juste qu’il avait une petite bite. (rires)

L’un n’empêche pas l’autre…

Coralie : Pardon, il a l’air tellement mignon en plus.

Pour les scènes traditionnelles, vous avez pas eu de problèmes avec les acteurs qui n’étaient peut-être pas habitués à ce genre de travail ?

Virginie : Non, mais on a aménagé les dialogues quand c’était impossible de les dire. C’était un travail dans les deux sens : parfois, on allait vers les comédiens ; et à d’autres moments, les comédiens venaient vers le film. Mais c’était plutôt vachement bien. Et on était vraiment contentes des seconds rôles. Il y avait un bon esprit. A partir de là, il y a toujours moyen de bien faire.

C’était pas trop difficile pour toi de travailler avec des acteurs qui se connaissaient tous ? Tu ne t’es jamais sentie un peu intruse ?

Virginie : Non.

Coralie : En fait, c’était plus courageux de la part des comédiens, parce qu’il y avait toute une équipe technique qui n’était pas habituée au X. Les intrus sur le plateau, c’était plus les hardeurs que l’inverse.
Comment vous êtes-vous partagées la réalisation ?

Coralie : On a tout fait à deux, de manière bicéphale comme dit Virginie, sauf au moment du tournage où elle était plus à la direction d’acteurs et moi à l’image avec le chef-op. Sinon, on était ensemble pendant toute la phase de préparation, le casting, les répétitions, le story-board, etc.

Virginie : C’est pendant la scénarisation qu’on s’est dit que ça devrait aller pour le reste, parce que c’est dur d’écrire à deux. Là, c’était vachement facile, naturel et puissant.

Pourquoi avez-vous enlevé la scène du gosse assassiné qui figurait dans le bouquin ?

Coralie : Ca a pris 15 secondes au moment de l’écriture du scénario, donc, c’était au tout départ, d’autant plus qu’on a fini le scénario en une semaine. Pour moi, c’était un problème d’éthique étant donné que je n’aurais pas laissé mon fils jouer dedans. En même temps, le meurtre ne nous paraissait pas assez crucial pour qu’on se fasse chier avec toutes les histoires de DASS et d’autorisations diverses.

Virginie : De toutes façons, au niveau légal, t’as pas le droit de faire tourner un gamin dans un film avec des scènes hard. Quand on y réfléchit, c’est pas une mauvaise chose.

Coralie : C’est des histoires de grandes personnes.

Virginie : Moi, ça m’aurait vraiment fait chier de caster un gamin que les parents prêtent pour un film comme ça. C’est pareil pour moi, si j’avais un gosse, je l’aurais pas laissé tourner là-dedans. C’est bien de demander aux gens des trucs que tu ferais toi-même plus que des trucs que tu voudrais surtout pas faire.

Coralie, est-ce qu’il a été question que tu joues dans le film ?

Coralie : A un certain moment, mais c’était vraiment complètement impossible. Je me serais trouvée toujours mauvaise, j’aurais voulu me couper au montage… Je n’aurais pas pu cumuler les fonctions. On est trop pris par la réalisation pour pouvoir se concentrer sur autre chose.

En quoi Gaspar Noé a-t-il contribué au film ?

Coralie : Il était gentil. Il avait des petits T-shirts blancs.

Virginie : Ca a vraiment été le parrain technique du film. Coralie le connaissait parce qu’elle avait tourné un court avec. Quand on l’a rencontré, on venait juste de finir le scénario. Il a tout de suite été super enthousiaste, en nous disant : « Tiens, c’est vraiment une bonne idée ce truc. »

Coralie : C’est lui qui nous a vachement rassurées sur la lumière naturelle.

Virginie : Il nous a dit que c’était possible. C’est vraiment important sur un film, sinon t’attends trois plombes les changements de lumière. Les gens y tiennent à fond, comme une petite liturgie. Gaspar venait et disait : « Y a pas de problèmes avec les acteurs, ni avec le maquillage. » Et vu que c’était Gaspar Noé, on le croyait. Après, on allait voir les autres et on leur disait tout simplement « Y a pas de problèmes ». Il est aussi passé au montage. On a pas forcément suivi tout ce qu’il disait mais il était vraiment présent tout au long du film.

Coralie : C’est un bon copain en plus. Il a toujours des fêtes partout.

L’extrait de son film, c’est donc juste un clin d’oeil ?

Virginie : Ouais. Quand on s’est dit qu’il fallait que Karen regarde un film…

Coralie : … on a réalisé qu’on n’avait pas de film. Donc, le matin même j’appelle Gaspar : « Allô Gaspar, tu pourrais nous emmener une vidéo de Seul contre tous ? » Les extraits qui sont dans le film, c’était donc une sorte de hasard très heureux. Mais quand on fait les choses à fond, on est souvent récompensé.

Virginie : Et puis, s’il y a une personne en France dont le travail me fascine, c’est bien Gaspar. On va tous mettre des petits T-shirts avec des Gaspar dessus. (rires)

Coralie : Moi, j’ai vraiment été complètement retournée par ses deux films. Je savais pas qu’il y avait des trucs comme ça qui se faisaient dans le cinéma français.

Virginie, tu craches pas mal sur les actrices françaises.

Virginie : Non, je les trouve bien, mais pas pour les histoires que j’ai envie de raconter. Pour les histoires des autres, elles sont parfaites. Pour boire un thé au Lutétia, elles sont vraiment super bien ! Mais il y en a que je trouve bien : Zylberstein, la petite Bohringer… Mais j’en ai vraiment rien à foutre, je vois pas ce que je pourrais leur faire faire. Je vois rien chez elles. Y a pas rien, mais moi je vois rien. Comme il y en a d’autres qui ne verront rien chez Karen. C’est clair que c’est pas avec des filles comme ça que je vais faire des films marrants.

Mais est-ce que c’est pas aussi la faute des réalisateurs ?

Virginie : Je pense que c’est la faute des réalisateurs et des producteurs. C’est la faute d’un milieu qui est quand même vachement fermé. Neuf fois sur dix, les gens qui font du cinéma se ressemblent. Pas humainement mais de profil : ils ont les mêmes préoccupations, les mêmes références culturelles… Réalisateurs et producteurs sont dans le même bain, comme les médias qui ont une sorte de cooption tout le temps sur tout. Comme ça, ils travaillent entre gens qui font pas de mal, qui font pas peur. Mais c’est pas vrai pour tout le monde, il y a quand même des gens bien.

Tu as vu le film de Grandrieux ?

Coralie : J’y meurs très bien.

Virginie : Je trouve ça super intéressant. Ca me touche pas plus que ça mais il y a certains passages que je trouve fascinants. C’est déjà pas mal.

Et le cinéma de Richard Kern ?

Virginie : Ouais. Sans plus. Les New-Yorkais -Kern, Lunch, tout ça-, je les trouve super bien, mais des fois t’as vraiment envie qu’ils bossent un peu plus. J’avais vu un court avec Lydia Lunch et Henry Rollins…
The Right side of my brain

Virginie : C’était vachement bien, mais t’as envie qu’ils s’y mettent un peu plus. Lunch, c’est pareil : ce qu’elle fait est formidable mais t’as parfois envie de lui dire « va bosser un peu ».

Mais elle fait pas que du ciné…

Virginie : C’est juste, son bouquin est vraiment pas mal. Quand même, respect à Lydia Lunch !

Dans Fingered, le film où elle se fait fister, je trouvais qu’il y avait des similitudes avec Baise-moi, notamment quand elle part en voiture avec le chanteur de Foetus…

Virginie : Oui, mais y a plus un côté gnan-gnan chez nous, genre « nananananère » ! Plus petites filles acharnées : « Et t’as des beaux habits ! Et tu manges des Mars ! » Alors que Fingered, c’est plus dur, plus désolé, moins crétin bizarrement. Mais c’est vrai que ça m’a peut-être plus marqué que ce que je croyais.

Coralie, quand les Inrockuptibles te comparent à Lydia Lunch, ça te va ?

Coralie : Très bien. Très très bien. Je trouve qu’il y a des gens qui disent plein de trucs super sympas sur moi dans la presse, et vraiment faut continuer. (rires) Grande prêtresse décadente », tout ça, j’adore…

Et quand le même magazine écrit que le fait d’inclure des scènes porno dans Baise-moi rend le cinéma pré-Despentes encore plus hypocrite ?

Virginie : Forcément, tu rigoles quand tu lis ça. De toute façon, dès que Les Inrocks s’intéressent à des trucs sur le sexe, ils commencent à me faire rire, à chaque fois.

Coralie : Mais c’est gentil…

Virginie : C’est justement le problème, c’est un peu trop gentil.

Je me souviens d’un papier que tu avais écrit dans Les Cahiers du Cinéma à propos de Butterfly kiss, où tu sentais qu’il y avait un manque par rapport au cul.

Virginie : C’est comme dans le film de Christine Pascal, Adultère, mode d’emploi, que j’ai vachement aimé et où la caméra s’arrêtait juste avant ce qui se passe, sans qu’il y ait de jeu avec le hors-champ.

Coralie : Ca peut être justifié. Un viol hors-champ, ça peut être encore plus violent, ça peut vouloir dire autre chose. Mais souvent, s’interdire de filmer ces parties-là n’a aucun sens. Il n’y a rien derrière. Je dis pas qu’il faut tout montrer pour tout montrer, mais il n’y a parfois aucune raison de ne pas montrer.

Virginie : En même temps, je ne pense pas que ce qu’on a fait change grand-chose dans le cinéma. Si seulement…

Est-ce que vous trouvez ça rassurant que le film ait simplement été interdit aux moins de 16 ans ?

Virginie : Je pense que sur ce coup-là, c’est un signe de bonne santé des institutions.

Coralie : Moi, une interdiction aux moins de 18 ans ne m’aurait pas ulcérée plus que ça, le problème, c’est que ça correspond vraiment à une censure au niveau économique : diffusion restreinte, avec peut-être une salle à Paris et une salle à Lyon, un pauvre marché de la vidéo surtaxé… Mais si cette loi sur le X n’existait pas, pourquoi pas. Dans l’absolu, s’il faut mettre un âge, mettons-en un.

Virginie : Je pense qu’ils nous ont interdit aux moins de 16 ans non pas parce qu’ils ont aimé le film mais parce qu’ils ont vraiment réfléchi au problème du droit d’interdiction. Et je pense qu’ils ont eu raison de ne pas l’interdire vraiment. En plus, il y a suffisamment de censure effective autour. Ca me va, c’est une bonne décision. J’ai été surprise par les discussions qu’on a eues avec les gens de la censure, par le niveau auquel se situait le débat.

Où se situe l’autre censure dont tu parles ?

Virginie : Au départ, les salles ne voulaient pas sortir le film. Mais une fois qu’il s’est vendu, tout était différent, comme si les gens n’avaient plus aucun problème d’éthique. De la même façon que la plupart des papiers qu’on va avoir ne vont pas parler du film mais complètement d’autre chose. C’est une autre forme de décalage, de négation. Et puis le fait d’avoir trouvé un producteur était déjà inespéré. Ils étaient pas cinquante sur Paris à vouloir partir là-dessus. L’anticipation de la censure effective, c’est ce qui marche le mieux. Les producteurs, distributeurs, réalisateurs s’autocensurent. C’est aussi pour ça que je trouve la décision du comité de censure vraiment chouette. Peut-être que je me trompe, mais sur le coup ça m’a paru vraiment bien.

Il y a quand même toujours de véritables problèmes. On parlait de Costes, tout à l’heure, qui se coltine un tas de procès.

Virginie : C’est quelqu’un qui touche aux derniers tabous, au racisme, à l’antisémitisme. Pareil pour Renaud Camus : quand tu vois que son bouquin s’est fait retirer de la vente, même si je ne l’ai pas lu et si je ne connais pas ce bonhomme-là, il y a un vrai problème de censure. On est dans un état vraiment raciste, mais il faut surtout pas en parler. Il y a des réflexes antisémites que tu vérifies tous les jours dans les conversations, notamment ici dans le 5e. Et je trouve ça aberrant et malsain qu’on n’ait pas le droit d’en parler.

C’est ce à quoi s’attaquait Gaspar Noé dans son film.

Virginie : Oui, Seul contre tous c’était exactement ça. En plus, il en a parlé de façon brillante.

On voulait terminer par un « blind-test »…

Virginie : C’est une blague ?

On leur fait écouter une chanson de Jean-Louis Costes baptisée Cul de merde et dont les paroles sont à peu près les suivantes :
« Cul de merde
Cul de merde
Cul de merde
Cul de merde
Cul de merde, enculé de merde, salope de merde
Tu pues Tu pues Tu pues
Ton vagin est tout près de ton cul
Cul de merde
Cul de merde », etc.

Virginie (hilare) : C’est votre groupe ?

Non, c’est Costes.

Virginie : Alors, c’est génial !

Propos recueillis par et

Lire notre critique de Baise-moi

PARTAGER
Article précédentQui baise qui ?
Prochain articleCinécriture