Le rendez-vous était fixé à midi. Elle arrive trente-cinq minutes plus tard. Normal, c’est une star. Atypique. Tailleur beige impeccable, collier de perles fines. Telle une sphinge. Très belle. Elle est quelques jours en France -pays qu’elle chérit tout particulièrement- pour recevoir très officiellement la grande médaille de Vermeil de la Ville de Paris, et un peu pour la promotion du dernier film de Luc Besson, Jeanne d’Arc. Interprète de grands films considérés désormais comme des classiques, Faye Dunaway est l’une des dernières actrices dans le Panthéon des stars d’Hollywood. Avec une ou deux autres.


Chronic’art : Vous êtes à Paris pour recevoir un hommage qui visiblement vous touche énormément, et vous tenez à répondre aux questions en français…

Faye Dunaway : Etre honorée par une ville que l’on aime est un plaisir particulier. Cette médaille représente pour moi plus que vous ne pouvez l’imaginer. Jeune fille, à l’école, je serrais très fort contre moi mes livres de grammaire française, en faisant le vœu qu’un jour j’irai à Paris, que ce jour-là, je parlerai aux français dans leur propre langue et que je verrai comment est cette ville dont les habitants s’expriment d’une si belle manière. J’aime la France. Elle a contribué à me nourrir et m’a aidée à créer ce pourquoi on m’honore aujourd’hui avec cette médaille.

Vous souvenez-vous de la première fois où vous êtes venue. Et à quelle occasion ?

Je suis venue pour la première de Bonnie and Clyde. Je me souviens très clairement de l’émotion entre moi -béret sur la tête- et le public qui se trouvait dans la salle de cinéma. J’étais alors émue par l’hommage de ceux qui avaient également perçu celui que je leur rendais en portant ce petit chapeau. A cet instant, un lien s’est crée entre les Parisiens et moi. Je les adore, à l’époque et toujours maintenant ! Paris ne m’a pas déçue. J’ai toujours été bouleversée par la beauté de cette ville.

Depuis, vous venez régulièrement ?

Un peu, oui. Pour voir du théâtre. J’aime beaucoup les metteurs en scène européens. Je suis venue au théâtre de l’Odéon pour voir Le Temps et la chambre et Dans la solitude des champs de coton, montés par Patrice Chéreau. J’ai vu aussi plusieurs fois La Reine Margot… toujours par Chéreau !

Vous aimez la culture française ?

J’ai toujours été frappée par le cœur et l’esprit français : c’est un peuple qui ne s’en laisse pas compter, qui se fixe des standards si élevés et si élégants, pour la vie et pour les arts. De fait, j’ai commencé à réaliser que c’était l’art de ce pays qui était secrètement en jeu, qui se cachait derrière tout ce que j’admirais. L’art français a voyagé au travers du théâtre (par la Comédie-Française), de la peinture -l’impressionnisme, le surréalisme-, mais aussi de la photographie, avec Cartier Bresson, Doisneau et toute la belle décoration que j’aime beaucoup. Et puis bien sûr, le cinéma avec des gens tels que Jean-Luc Godard, qui a développé tant d’innovations dans les techniques de prises de vues ; Truffaut avec sa sublime chaleur ; Renoir, qui est mon favori ; sans oublier Lelouch, Marcel Carné, Jean-Pierre Melville et maintenant mon très cher Luc Besson, avec qui je viens de travailler sur Joan of Arc. J’aime beaucoup tous les acteurs comme moi : Jeanne Moreau, Depardieu, Gérard Philippe, Arletty ! Les Français ont accompli énormément pour l’art du cinéma. Quand je travaille, c’est toujours avec tout mon cœur, et inspirée par tout ce que Paris et la France ont donné au monde. On est le produit de tout ce qu’on aime.

En mars 2000, vous présiderez le Festival de Paris…

Ce projet de réunir, à l’occasion de l’an 2000, le cinéma français et le cinéma américain dans un esprit d’ouverture et d’amitié est une idée magnifique. C’est donc encore avec plus de fierté que je présiderai le Festival du film de Paris. Ce festival est particulièrement important pour moi, car il met à l’honneur de nouveaux talents qui apportent leur contribution au 7e Art. Pour cela, nous devons les encourager, et aussi apprendre d’eux. J’éprouve un immense plaisir à y participer avec Daniel Toscan du Plantier et je ferai tout mon possible pour être une ambassadrice digne de votre magnifique capitale. C’est un grand honneur qui m’est fait aujourd’hui.

Comment s’est passé le tournage de Jeanne d’Arc avec Luc Besson ?

Le tournage avec Luc a été formidable, vraiment très agréable. Ça a été un très grand plaisir de travailler avec lui. C’est quelqu’un de très très moderne. Il a une incroyable énergie. Il adore les acteurs, il a beaucoup d’affection pour eux. Je crois qu’il réussit avec ce film à faire quelque chose de très particulier de cette histoire ancienne et si importante pour la France. Jeanne est une femme très croyante, qui agit. Ca plaira aussi en Amérique.

Quel souvenir gardez-vous du tournage avec Johnny Depp ?

J’ai tourné avec lui sous la direction d’Emir Kusturica dans Arizona dream (en 1993). C’est un ami merveilleux pour moi et un acteur extraordinaire. J’essaie de le voir chaque fois que je peux.

Que ferez-vous pour le réveillon de l’an 2000 ?

Je ne sais pas encore !

Propos recueillis par

Faye Dunaway a débuté sa carrière sur les planches sous la direction d’Elia Kazan dans une pièce d’Arthur Miller. C’est en 1966 qu’elle obtient un premier rôle au cinéma dans Les Détraqués. L’année suivante elle enchaînera avec le mythique Bonnie and Clyde.
En 2000, elle tiendra le rôle de Maria Callas dans Master Class, dont elle assurera aussi la production. Elle présidera également le 15e Festival du film de Paris.

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