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Jacques Chambon dirige la nouvelle collection SF de Flammarion, "Imagine". Editeur chez Denoël dans la collection "Présences", où il publie l'intégrale des nouvelles de Philip K. Dick, il continue son travail de défricheur de la littérature de Science-Fiction débuté il y a vingt ans. Rencontre.
Cette nouvelle édition est directement reprise de l'édition originale remaniée que j'avais effectuée chez Denoël en quatre volumes. Sur cette période de 1947 à 1981, l'année 1952 a été très dense et Dick publiait à tour de bras. Dans la précédente version, l'idée était de décliner le visage de Dick à chaque volume, un visage qui se brisait et qui se recomposait. A l'époque, on m'avait reproché d'avoir eu une idée trop conceptuelle. Nous avons vendu 3 000 exemplaires de cette édition qui était assez chère (à peu près 300 F le volume), d'où sa relative confidentialité. Tout le travail de remaniement de la traduction avait été effectué pour cette édition, que je considérais comme la publication définitive des oeuvres de Philip K. Dick. Hélène Collon avait repris à zéro les traductions. En arrivant chez Denoël en 1986, la publication en poche des nouvelles de Dick avait débuté dans leur version originale. Comme le grand format de la collection Présences s'adaptait bien à cette forme d'intégrale, nous avons décidé avec Hélène de tout éditer dans une version très travaillée et nous avons pris le temps qu'il fallait pour mener à bien cette édition. On est parti de l'édition américaine Underwood & Miller, déjà très complète. Mais ça ne nous a pas empêché d'y ajouter d'autres textes. Le dernier volume comporte en plus le synopsis du dernier roman de K Dick, qu'on ne trouve pas dans ses éditions complètes en V.O. A notre connaissance, aucune nouvelle ne reste dans les limbes.
Il reste peu de romans qui n'aient été publiés. Le grand vide se situe surtout au niveau épistolaire, car la correspondance de K. Dick est un énorme chantier dans lequel Hélène Collon doit justement mettre un peu d'ordre. Le projet est un choix de texte car la matière est trop abondante. Hélas ce sera assez difficile à vendre en France ; cette édition ne pourra voir le jour que grâce à des soutiens para-étatiques comme le Centre national du Livre. Mais nous éditerons surtout l'exégèse, un énorme volume paru partiellement aux Etats-Unis.
Il a largement dépassé le noyau dur des amateurs de Science Fiction. A la limite, beaucoup d'amateurs de S-F n'aiment pas K. Dick car ils ne s'y retrouvent pas. Trop philosophique et compliqué. Cette frange du public S-F est majoritaire car elle se dirige vers ce genre littéraire pour y retrouver de l'imaginaire, de l'aventure, voire de l'amusement. Dick est devenu l'un des grands écrivains américains du XXe siècle. Il y a Hemingway, Roth, Mailer et Dick.
Le statut de Dick est proche du mythe. On disait avant que le monde était Kafkaïen ; maintenant on dit qu'il est Dickien. Quand tout bascule et vire à la parano, on pense tout de suite à Dick. L'univers Kafkaïen correspondait plus à un univers bureaucratique et absurde, très encadré. Le cinéma aussi est très Dickien de façon explicite ou implicite. Le Festin nu, de Cronenberg, est prétendument une adaptation du livre de Burroughs, mais il renvoie tout autant à l'univers de Dick, notamment Substance mort.
Dick et Burroughs se sont rencontrés dans beaucoup de domaines, mais jamais physiquement. Leur expérimentation de la drogue, leur obsession paranoïaque sont autant de points communs. On les recroise souvent sur de nombreuses problématiques. Substance mort, toujours, aurait pu être signé par Burroughs par exemple. Dick avait peu d'amis. Parmi les écrivains, on peut noter Charles Beaumont, écrivain américain des années 50, maintenant inconnu, qui menait un atelier d'écriture auquel Dick a participé. Il a beaucoup conseillé Dick pour son écriture. Là, il s'est fait quelques amis, dont Van Vogt, Ellison, Silverberg et Spinrad évidemment. Comme Dick était très caractériel, il se disputait très vite. Avec Harlan Ellison, les moments d'affection et de haine étaient fréquents et totalement disproportionnés.
C'était un grand moment organisé par Philippe Hupp car K Dick n'a jamais été sur la côté est des Etats-Unis, mais il est venu à Metz ! Dick, pour une fois, allait bien et avait peu de phobies. Ca marchait bien pour lui en France. Il en parle dans une préface à l'un de ses recueils où il dit qu'il avait été ravi de voir ses livres en devanture, dans des belles éditions, etc. C'était presque trouver une reconnaissance qu'il n'avait pas eu aux Etats-Unis. Il avait presque été fêté comme un Messie. Il y avait aussi chez Dick une grande part d'humour et il aimait déstabiliser son public. Surtout, il ne faut pas constamment le prendre au sérieux, comme pourrait le laisser penser son esprit sophiste, très dialectique. Lui-même acceptait ses propres contradictions.
Propos recueillis par Benoît Maurer et Jérôme Schmidt | ![]() | ![]()
| ![]() ![]() Nouvelles (1947-1952 et 1953-1981)
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