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En 1977, Philippe Hupp a eu l'idée saugrenue de faire venir Philip K. Dick en France pour le festival de science-fiction de Metz qu'il venait juste de fonder. Genèse et récit de la venue du messie de la SF en contrée lorraine par son témoin le plus proche.

Je connais P.K. Dick en tant que lecteur depuis 1972 (Le Dieu venu du Centaure). En 1974, j'étais parti habiter à Londres où j'ai découvert de nombreux auteurs de science-fiction. Parallèlement, j'avais débuté depuis un an un travail de traducteur. Ma deuxième traduction était pour Opta, un livre nommé Le Maître des Arts. Lors d'un retour de convention de Science Fiction en 1975, j'ai rencontré Robert Louït, alors directeur de collection chez Calmann-Lévy. Il m'a proposé de traduire le premier livre de Dick qu'il éditait, Le Temps désarticulé. C'est sûrement le livre le plus dickien qui existe, celui dont le scénario est le plus intéressant. Il s'agit notamment de la matrice du film The Truman show, mais les gens ne connaissent pas le livre en tant que tel.
J'étais devenu totalement fou de Dick mais je savais que le personnage était difficile à cerner. La dernière fois qu'il était allé au Canada pour une convention de SF, il avait tenter de se suicider ! J'ai lancé mon festival à Metz en 1976 et dès la première année j'ai réussi à faire venir Théodore Sturgeon, un auteur fabuleux tombé progressivement dans l'oubli depuis. Je me souviens avoir demandé la caution des éditeurs pour faire venir Dick. On m'avait pourtant dès le départ découragé en me signalant que Dick ne se déplaçait jamais, même pas à l'intérieur de la Californie. Tout le monde me disait que c'était une belle idée, mais qu'elle n'aurait pas de suite.
Je me suis alors rendu en Californie en 1977 pour le rencontrer directement. Il venait juste de publier un livre avec Roger Zelazny, intitulé Deus Irae. Mon invitation tenait donc pour eux deux. Je l'ai vu chez lui, à Santa Ana, au bout de la banlieue de Los Angeles. Il habitait dans un complexe de style hispanique, bardé de caméras de surveillances et de grilles. Il avait un petit deux pièce et vivait entièrement dans la pénombre. Son hobby était de priser du tabac. Il m'avait invité dans un restaurant italien ; on a longuement discuté et beaucoup bu. Le personnage de Dick était finalement quelqu'un de très agréable, peut-être un peu déphasé, mais très aimable. J'ai pris quelques photos en partant, devant une grande église espagnole.
S'en est ensuivi un long échange de correspondances avec Zelazny et moi jusqu'au jour où Dick est sorti de ce vieux DC 10 sur le petit aéroport de Luxembourg : je n'y croyais pas réellement car personne n'imaginait qu'il puisse venir !
Dick, lui-même, en a été étonné. Dans une de ses préfaces, il disait que ça avait été une des plus belles semaines de sa vie car il était reconnu, entouré, choyé. A l'époque, aux Etats-Unis, il n'existait pas et les éditeurs ne le publiaient pas. Il était déjà complètement oublié car il ne produisait pas assez. Au bout de six jours, il était mort de fatigue, beaucoup trop de monde le sollicitait. Parallèlement, Harlan Ellison, un des grands noms de cette époque, jalousait son succès et se disputait sans arrêt avec Dick pendant le festival.
Le festival était archi-visité. Seul Jacques Sadoul, qui dirigeait alors la revue Univers, a affirmé par la suite, par je ne sais quel esprit de vengeance, que la salle de conférence était vide. En réalité, beaucoup de gens non habitués à ce genre de convention étaient venu voir Dick. Il était arrivé presque comme un messie, ce qui lui avait beaucoup plu. Il avait fait une conférence sur commande et préparée en audio pour la faire valider avant son intervention en direct à Metz. La version publiée a posteriori est en fait beaucoup plus courte car Dick avait finalement supprimé quelques passages, de peur de paraître trop cryptique. Le discours était étonnant et, malheureusement, la traduction parlée était de mauvaise qualité. Quand on lit le texte aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il s'agit presque d'un petit roman.
Les années suivantes, j'ai fait venir Frank Herbert, Richard Matheson, Suterberg, Anthony Burgess, Robert Bloch, A.E. Van Vogt et même Alan Vega et son groupe Suicide. Jusqu'en 1986. L'année 1977 restera de toute façon comme la plus grande année du festival. En 1982, je pensais qu'il serait une deuxième fois l'invité d'honneur. Nombreuses sont les personnes à ne pas s'être à nouveau rendues à l'édition précédente, pensant qu'il ne reviendrait jamais. C'est à ce moment-là, hélas, que Norman Spinrad m'a appelé pour me signaler Philip K. Dick était décédé.
Propos recueillis par Benoît Maurer et Jérôme Schmidt |  | 

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Un document audio exclusif des préparatifs du discours donné à Metz en 1977
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