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(...) Ridley Scott a, par ailleurs, poursuivi cette entreprise visionnaire en établissant les fondements de l'esthétique cyberpunk avec l'adaptation cinématographique d'un autre roman de Dick : Les Androïdes rêvent-ils de mouton électrique ? Une question à laquelle l'auteur répond par la négative. Un androïde à qui l'on a implanté de faux souvenirs, qui pense lui-même être un homme doué de mémoire et que seule une impressionnante batterie de tests peut distinguer d'un humain véritable, rêve incontestablement de moutons organiques. Il veut même en acquérir un, un vrai, un vivant et non un simulacre électrique. On n'est à tout moment que ce que l'on a conscience d'être. Mais alors, cet androïde est-il intrinsèquement plus proche de l'homme que de la machine ? La conscience d'être un homme suffit-elle à faire de vous "réellement" un homme ? Les souvenirs implantés artificiellement, ou fabriqués au jour le jour par nos réseaux de neurones, sont-ils fondamentalement différents ? Est-ce que Robocop, le flic cyborg mis en scène par Paul Verhoeven, devient plus humain lorsqu'il se souvient avoir été entièrement constitué de viande et d'os avant de devenir une machine à faire régner la loi ? Est-ce que Garson Poole, le protagoniste de la nouvelle La Fourmi électrique, devient "autre chose" lorsqu'il découvre à l'occasion d'un séjour à l'hôpital consécutif à un accident qu'il n'est pas un humain mais une fourmi électronique, un robot organique ? Qu'est-ce qui différencie un androïde qui vit sur de faux souvenirs, d'un homme qui n'arrive pas à faire le tri dans les siens, comme Douglas Quail dans Souvenir à vendre où dans Total recall, le film qu'en a tiré Paul Verhoeven ? L'homme ne serait-il en fin de compte qu'une complexe mécanique mentale, une machine comme les autres dont la spécificité serait de générer de la fiction ?
Mais si la conscience qu'a l'individu de son passé est sujette à caution, qu'en est-il de la conscience collective, de la réalité historique ? Dick affronte directement cette problématique dans son roman Le Maître du haut-château. Il y décrit un monde où les forces de l'Axe ont gagné la guerre en 1947. L'ouest des U.S.A. est sous contrôle et occupation des forces japonaises. Un romancier, Hawthorne Abdenson, vit dans un haut-château ; il y rédige un livre qui décrit un univers parallèle où les Alliés ont gagné la guerre en 45. En glissant brusquement dans notre univers, un autre protagoniste du roman, M. Tagomi, va découvrir à ses dépens qu'il ne s'agit pas d'une simple fiction mais d'une "autre réalité". A la fin du roman, une femme apparaît sur le porche et dit à Abdenson que son roman est vrai, que l'Axe a vraiment perdu la guerre.
Dans sa célèbre conférence donnée à Metz en 1977, Dick commente ainsi la conclusion de son récit : "L'ironie de cette fin -Abdenson qui découvre que ce qu'il croyait être de la fiction sortie de son imaginaire était en fait réel- est la suivante : que mon propre travail supposé fictif, Le Maître du haut-château, n'est pas de la fiction."
"L'Allemagne et le Japon n'ont pas vaincu la guerre. Mais qui l'a gagnée ?" s'interroge alors ironiquement Carlo Pagetti, spécialiste italien de l'oeuvre dickienne. C'est Eric Sweetscent, le protagoniste d'un autre roman chronolysé de Dick, En attendant l'année dernière, qui lui fournit la réponse : "Nous vivons dans une illusion quotidienne. Quand le premier barde a commencé de débiter la première épopée racontant quelque ancienne bataille, l'illusion est entrée dans notre existence. L'Iliade est une "imposture" au même titre que ces robenfants échangeant des timbres devant la porte". (...) | ![]() | ![]()
| ![]() ![]() Nouvelles (1947-1952 et 1953-1981)
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