"Lorsqu'elle est construction d'un monde fini et clos, la S-F ne fait que rejoindre une démarche philosophique aujourd'hui en morceaux, dont elle prend le relais dans la création d'une totalité signifiante et réglée. Ce dernier désir est celui du propriétaire : préférons-y le désir éclairant souple, créateur, dilapidateur, de l'aventurier". Yann Hernot, in Science fiction et totalité.
"Le temps est la mémoire de l'espace". Charles Bignoux, in Vita neurox


Le cerveau humain est en contact permanent avec lui-même et les différentes zones qui le constituent dialoguent entre elles sous forme de mécanismes de réentrée au sein des réseaux de neurones. A chaque instant, il sélectionne un flux de données, en consolide certaines, en efface d'autres. Des groupes de neurones se renforcent, d'autres s'affaiblissent en fonction des stimuli mandatés par le monde extérieur. Le cerveau reconstruit ainsi continuellement sa mémoire et, ce faisant, il construit à chaque instant un nouveau monde.

C'est ce que l'on peut conclure du Darwinisme neuronal, une séduisante théorie élaborée à la fin des années 80 par Gerald Edelman, et qui pourrait expliquer les errances de nombreux personnages dickiens. A moins que, par un effet de feed-back quantique, ce ne soient les visions prémonitoires de Dick qui viennent étayer les recherches les plus en pointe sur la mémoire, la conscience et la perception du temps.

Chez Dick, en effet, les objets, les événements et parfois la matière dans son ensemble perdent toute relation objective avec le temps et l'espace. La nourriture se décompose brusquement, les pièces de monnaie qui se trouvent au fond de votre poche n'ont plus cours. Les cigarettes se consument avant d'être fumées. Le temps linéaire, qui projette sa flèche du passé vers le futur manque inévitablement sa cible. Les réseaux de neurones s'affolent, essayent de reconstruire une mémoire stable. Mais comment asseoir une quelconque mémoire sur une ligne de temps brisée ? Si la notion même de passé est remise en question ? Par un phénomène d'Ubikuité, le temps s'est déchiré et la mémoire n'a pas d'autre choix que de se reconstituer pour construire un nouveau monde dont le principe de réalité ne sera pas plus inaltérable que le précédent.

D'où l'angoissante conclusion : un souvenir en vaut-il un autre ? Existe-t-il quelque part un univers véritable, un univers qui échappe à toute subjectivité ?
C'est la douloureuse question que se pose Douglas Quail, le protagoniste de la nouvelle Souvenirs à vendre, à qui on a implanté le faux souvenir d'un voyage sur Mars. Un voyage virtuel parmi tant d'autres, proposé par la Rekal Incorporated à tous ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir une virée planétaire en chair et en os. Mais au moment de trafiquer sa mémoire, les techniciens de Rekal s'aperçoivent que de faux souvenirs ont déjà été implantés. Plusieurs strates mémorielles vont ainsi cohabiter dans une conscience unique. Comment distinguer alors la vérité de l'illusion ? Est-il même nécessaire de les distinguer ? Ne vaut-il pas mieux se résoudre à les accepter tous ? Faire confiance au darwinisme neuronal qui fera comme d'habitude sa sélection naturelle, sa sélection personnelle pour reconstruire la mémoire d'un nouveau monde mental ?
Cette notion de faux souvenirs, "d'implants mémoire" génératrice de réalité virtuelle, fait de Dick un étonnant visionnaire et l'incontestable précurseur de toute la vague cyberpunk des années 80. William Gibson a d'ailleurs fait appel à Dick dès ses premiers textes, comme dans la nouvelle Johnny Mnemonic, qui se balade avec "des centaines de Mega-octets planqués dans la tête". Mais aucun d'entre eux n'en a poussé les implications métaphysiques aussi loin que Dick. (...)









Substance vie
Alors que sort l'intégrale de ses nouvelles chez Denoël, Philip K. Dick est plus que jamais d'actualité. Dick est un virus, et nous sommes infectés.




Entretien avec Philip K. Dick
Les journalistes et écrivains D. Scott Appel et K.C. Briggs rencontrèrent longuement Philip K. Dick en 1977. Extraits des entretiens.






Les Trois stigmates de K. Dick
Jacques Barbéri, l'un des représentants les plus talentueux de la S-F française, évoque Philip K. Dick pour Chronic'art.


La Conférence de Metz
En 1977, Philippe Hupp a eu l'idée saugrenue de faire venir Philip K. Dick en France pour le festival de S-F de Metz qu'il venait juste de fonder.


Paroles d'éditeur
Jacques Chambon dirige la nouvelle collection SF de Flammarion, "Imagine". Il a édité l'intégrale des nouvelles chez Denoël. Rencontre.


Impressions d'un traducteur
Note rédigée un dimanche pluvieux par un traducteur de Dick enrhumé (Pierre-Paul Durastanti).


Surf my Dick
En bon théoricien des frontières du virtuel et du réel, Philip K. Dick a fait de nombreux émules sur la toile. L'essentiel en quatre sites.
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Nouvelles
(1947-1952 et 1953-1981)


Hommes, androïdes et machines
Essai théorique de Philip K. Dick (1976)


La Transmutation de Philip K. Dick
Les derniers jours de l'auteur par Norman Spinrad


Préface des "Nouvelles"
par Emmanuel Carrère

If you think this world is bad (...)
Un document audio exclusif des préparatifs du discours donné à Metz en 1977
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