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Alors que ressort l'intégrale de ses nouvelles chez Denoël, Philip K. Dick est plus que jamais d'actualité. Ses romans, s'interrogeant sur "la réalité de la réalité", ont définitivement contaminé la culture contemporaine et notre perception de la réalité. Qu'un auteur de S-F ait pu être aussi actif tient sans doute au fait que ses écrits se sont inscrits dans un "vécu", et par extension, dans "notre" vécu. Dick est un virus, et nous sommes infectés. Sans produire de la psychologie au rabais, on peut chercher la cause de cette constante dialectique entre fiction et réalité (qu'on reliera aux notions d'ersatz et d'authentique), à la naissance de Philip Kindred Dick et de sa soeur jumelle Jane, le 16 décembre 1928. Prématurés de six semaines, les deux nouveau-nés souffrirent de la faim pendant les premières semaines de leurs vies, faute de lait maternel en suffisance. Le 26 janvier, Jane mourut. Phil K Dick écrira 53 ans plus tard dans SIVA : " L'information changeante qu'est le monde tel que nous l'éprouvons est un récit qui se déploie. Il nous parle de la mort d'une femme. Cette femme, morte voici longtemps, était l'un des jumeaux primordiaux. Elle était l'une des moitiés de la divine syzygie. Le propos du récit est d'évoquer son souvenir et celui de sa mort." Sans dire que toute l'oeuvre de Phil K Dick se résume à l'évocation de cette soeur disparue, ou à une manière de la faire vivre et de la faire parler, certaines récurrences thématiques semblent relever de ce traumatisme originel.
Ainsi la régression temporelle : les bonnes vieilles machines à remonter le temps, héritage de Wells, coexistent avec une approche plus fine du problème. La régression temporelle exprimerait ici le désir de retourner dans le passé pour le transformer, pour réparer le passé, réparer la faute. Philip K. Dick a confié plusieurs fois se souvenir de sa mère disant qu'il aurait mieux valu qu'il meurt lui, et pas Jane. Dans Simulacres, la machine permet une négociation avec les forces de l'axe dans le but de supprimer Hitler ou d'atténuer les effets de sa folie. Dans Brèche dans l'espace, un translateur détraqué permet le passage dans un univers parallèle, mais aussi un voyage dans le temps. Dans La Vérité avant-dernière, le temps s'est arrêté pour toutes les "fourmis" qui travaillent sous terre ; pour elles, la guerre est-ouest dure encore. Avec A rebrousse temps, le temps se replie et repart brusquement en arrière, provoquant une régression généralisée. Mais le point d'orgue est Ubik, où les personnages principaux subissent le rajeunissement ou le vieillissement accéléré de leur environnement, affranchis de toute contrainte logique, mais sous-tendus par l'idée constante de désintégration et de mort qui frappe tout et tous dans ce monde chaotique. La vérité de cette incohérente entropie généralisée apparaît au héros à travers un graffiti dans un urinoir : "Je suis vivant et vous êtes morts" (qui soit dit en passant, verbalise tout simplement l'état de la relation entre Philip et sa soeur Jane). Joe Chip comprend que c'est lui et ses compagnons qui sont morts, dans un accident sur la lune, relaté plus tôt. On les a placés en semi-vie. Leurs corps reposent dans des cercueils cryogéniques. Et l'univers dans lequel ils évoluent est le monde mental de leurs projections encéphaliques. Le phénomène d'entropie qui désagrége leur univers erratique de semi-vivants est le fait de la production mentale d'un enfant mort en bas âge, rongeur psychotique nommé Jory, placé en semi-vie cryogénisée, comme eux dans un moratorium, qui profite de la fusion de leurs flux mentaux pour littéralement les dévorer. Cet enfant faisait partie d'un couple de jumeaux. (...) | ![]() | ![]()
| ![]() ![]() Nouvelles (1947-1952 et 1953-1981)
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