
 | | 

 
(...) Parmi ces auteurs, il faut compter Art Spiegelman. Celui qui créa l'événement avec Maus a introduit, plus précisément encore, un cadre d'expression autobiographique, dont le noir et le blanc et le petit format sont les manifestations les plus éloquentes. Qu'on en juge aujourd'hui par les publications de L'Association, les collections Tohu bohu ou Encrage chez Delcourt. Les deux maîtres n'eurent guère de relation même si Jean-Pierre Mercier estime "qu'il y eut une importance rivalité artistique entre eux et une admiration réciproque. Toutefois, il faut convenir que Spiegelman n'aurait jamais existé sans Crumb." Selon Alain David, l'influence de l'un et de l'autre s'exprime à des niveaux différents. Lui qui fut de l'aventure d'Edena, premier éditeur du Batman de Frank Miller, est aujourd'hui un spécialiste de la bande dessinée indépendante américaine. L'oeil vif, le goût sûr du défricheur éclairé (il est aujourd'hui co-responsable des éditions Rackham qui éditent notamment Daniel Clowes, Joe Sacco et le Sin city de Miller), il estime que "Crumb brille par sa sensibilité alors que Spiegelman est nettement plus réfléchi. Il faut avoir à l'esprit que Crumb s'est exposé comme jamais auparavant, sans pudeur. Spiegelman s'est avancé davantage masqué car son oeuvre nécessitait une extrême prudence, une réflexion et une distance considérables. Chez lui, la mise en scène de soi est presque un leurre. Il n'est pas vraiment étonnant d'ailleurs qu'il ait eu du mal à créer quelque chose après Maus." Alain David s'empresse d'ajouter qu'il faudrait plutôt envisager une sainte trinité avec Crumb dans le rôle du père, Spiegelman dans le rôle du fils et… Will Eisner dans celui du saint Esprit. "Il allie à la fois la sensibilité et la réflexion sur son art, ce qui confère une grande efficacité à son oeuvre. Un album comme Un Dernier jour au Vietnam en témoigne parfaitement. Il est de ceux qui placent cet art populaire qu'est la bande dessinée très haut."
Cependant, il n'est nul auteur qui ait une influence effective et efficiente dans le monde du comix américain aussi forte qu'Art Spiegelman. Alors que Crumb a choisi le silence et la paix, Spiegelman a ainsi regroupé avec sa compagne française, Françoise Mouly, la fine fleur de la bande dessinée indépendante américaine dans un magnifique opus, Little Lit, publié chez Fantagraphics (et dont Gallimard semble avoir acquis les droits…). Ces Little Lit offrent dans le même temps une relecture des contes de fée, du folklore traditionnel américain et un panorama représentatif de cette seconde révolution comix. Outre Mattotti ou Joos Swarte, familiers du grand public européen, on retrouve Daniel Clowes, Charles Burns ou encore Chris Ware, tous trois membres actifs de la scène indépendante made in U.S. Clowes, qui sera bientôt sur le devant de la scène avec la sortie imminente de Ghost world au cinéma, dans une adaptation de Tetty Zwigoff (le réalisateur de Crumb), est l'un des héritiers confirmés de Crumb. "Je connaissais un peu son oeuvre à travers Eightball (la revue personnelle dans laquelle Clowes publie périodiquement ses oeuvres)", déclare Alain David, "mais lorsque je suis tombé sur Ghost world, que j'ai ensuite édité chez Vertiges Graphic, j'ai ressenti un choc profond car ça ne ressemblait à rien de ce que j'avais pu lire auparavant. (...) 
|  | 

 Mr Natural R. Crumb n'accorde quasiment jamais d'entretiens. Par fax interposés Chronic'art a tout de même réussi à l'interviewer. |
  Le "cartoon journalism" Joe Sacco est une figure incontournable du petit monde du comix. Rencontre, à son retour du Festival de BD de Bastia. |
 | | 


Miettes

Mr Snoid

|