
 | | 

 Des flamboyantes sixties à notre nouveau millénaire, la bande dessinée indépendante américaine (ou comix, par opposition aux traditionnel comics américains) a connu, à l'image de sa consoeur française, bien des hauts et des bas. Il a fallu quelques années à la parole libertaire et révolutionnaire d'un Crumb, à la réflexion intime et définitive d'un Spiegelman, pour germer et offrir des écritures graphiques peu explorées jusqu'ici. Ouverture à une nouvelle révolution comix et à quelques unes de ses figures emblématiques.
 Si certaines des perles animées qui nous arrivent d'outre-atlantique (Les Simpson, South Park ou Downtown) raillent régulièrement les conventions de bandes dessinées aux Etats-Unis, il faut, pour le comprendre, se remémorer la réaction de Robert Crumb en reportage au Festival d'Angoulême pour Libération en 1986 : "J'ai fréquenté quelques-uns de ces événements aux Etats-Unis mais ça n'avait rien à voir… L'atmosphère de la fête dans toute la ville, des tas de bonnes BD à ramener à la maison, françaises, italiennes, espagnoles, belges, l'hommage rendu aux artistes et les femmes ! Toutes ces femmes superbes ! On ne voit jamais ça dans les comix con américaines !" L'érotomane notoire qu'est Crumb pointe alors du doigt les caractéristiques du comics américain traditionnel : primat du personnage/super héros sur l'auteur (Stan Lee et Jack Kirby exceptés), production uniformisée destinée à un public exclusivement masculin et tout aussi exclusivement prépubère et attardé. Pour celui qui réinventa la bande dessinée dans les années 1960 autour de la révolution psychédélique, de la sexualité, de l'écologie ou des drogues, faisant exploser un cadre d'expression traditionnel avec quelques compagnons de route tels Gilbert Shelton (l'auteur des Freak Brothers) ou Vaughn Bodé, le choc avec l'American way of life ne pouvait être que brutal. Si brutal que Jean Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, dans leur excellente Aventure hippie, soulignent la déception de Crumb devant l'enlisement du movement et son retrait progressif de la scène comix avant son retour dans une veine plus autobiographique au début des années 80. Comme le souligne Jean-Pierre Mercier, intime de Crumb et conseiller scientifique au Centre national de la bande dessinée et de l'image, "Crumb n'est pas le premier à avoir fait du comics underground, mais il est le premier à avoir utilisé le comics pour s'exprimer personnellement. Dans le même temps, il s'est beaucoup inspiré de Mad et d'Harvey Kurtzman et il a en quelque sorte repris la bande dessinée américaine là où Mad Magazine l'avait laissée." La contestation et la critique radicale sont alors sa marque, ainsi qu'une extrême rigueur ("le souci du travail bien fait" précise Jean-Pierre Mercier). La révolution que Crumb a provoquée est fondamentale sur bien des points : "Il y a clairement un avant et un après Crumb. Pour toute l'école underground, Crumb est le pivot, la référence, le grand représentant. Certains auteurs ont découvert qu'il n'était pas nécessaire d'avoir un héros, d'user de critères commerciaux, d'avoir un nombre de pages déterminé" poursuit Jean-Pierre Mercier. (...) 
|  | 

 Mr Natural R. Crumb n'accorde quasiment jamais d'entretiens. Par fax interposés Chronic'art a tout de même réussi à l'interviewer. |
  Le "cartoon journalism" Joe Sacco est une figure incontournable du petit monde du comix. Rencontre, à son retour du Festival de BD de Bastia. |
 | | 


Miettes

Mr Snoid

|