5. La cause de la guerre de Troie, ce n’est pas Hélène mais son clone

Qui l'eût cru ? La Belle Hélène, pour qui se seraient damnés tous les vaillants soldats des armées grecque et troyenne, un vulgaire clone ? Euripide l'affirme : pas d'Hélène à Troie. Pas d'Hélène pour piéger Pâris : "Dans la pièce d'Euripide, Hélène plaide non coupable, car ce n'est pas elle qui se serait laissée séduire et emporter par Pâris mais son clone qu'Héra aurait façonné à son image pour abuser Pâris. Le terme grec qui est traduit tantôt par "simulacre", tantôt par "ombre" ou "fantôme", pour désigner la créature artificielle façonnée à l'image d'Hélène est celui d'eidôlon. On est bien dans la dénonciation de l'eidôlon et des passions fatales qu'il peut déclencher, alors qu'il n'est qu'une image, une reproduction de son modèle, un simple clone virtuel, un simple substitut mais qui fonctionne comme un leurre". Pourquoi donc la guerre ? Au nom d'un leurre, d'une statue animée : une illusion créée par Héra pour prendre les hommes au piège de leur vanité. Avec l'idée d'un clone d'Hélène, on découvre une première critique de la femme vénérée ou honnie pour sa seule image, élevée au rang d'icône, et qui ne saurait en aucun cas être une vraie femme. Dans la pièce d'Euripide, Ménélas préfère l'image d'Hélène pour laquelle il s'est battue à cette femme réelle qu'il retrouve en Egypte : "On peut se demander si une des lectures de cette version de la Guerre de Troie n'est pas de souligner le pouvoir redoutable de l'image comme telle. Comme si, en définitive, les passions y compris meurtrières qui se sont déchaînées n'avaient pu être mobilisées que par un clone virtuel, dont le pouvoir d'illusion avait une emprise sur les hommes sans commune mesure avec le pouvoir de quelque être humain que ce soit, fût-il Hélène. Ce mythe est donc un de ceux où la négativité du clone est poussée jusqu'à l'extrême".