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| 3. La pire menace des biotechnologies: non pas la copie conforme mais le vivant en pièces détachées.
"En choisissant de focaliser l'opinion publique hostile au clonage humain sur le seul critère qui ne résiste pas vraiment à l'analyse, ne cherche-t-on pas à préparer le terrain, à créer les conditions favorables à une acceptation in fine ? Le critère qui semble dénier toute dignité à deux êtres humains dès lors qu'ils sont génétiquement identiques est le plus fragile. Ainsi formulé, il ne résiste pas à l'objection des jumeaux". Agiter la peur de la copie conforme dans le clonage biologique serait-il l'arbre qui cache la forêt ? "La réalité industrielle du clonage, ce n'est pas la réplication à l'identique des mammifères tels que la nature les a faits, c'est la reproduction en série de ces créatures bio-technologiques que sont les animaux transgéniques : de cette énorme oreille poussée sur le dos d'une souris aux porcs destinés à être des "réservoirs d'organe" pour l'homme".
Les techniques de l'ADN recombinant qui ont permis la transgénèse feraient sauter un tabou : "La distance entre l'homme et le règne animal ne serait pas telle qu'il serait monstrueux d'hybrider leurs gènes ou d'incorporer à un être humain un organe d'animal transgénique. On échappera donc peut-être à l'utilisation des "jumeaux provoqués" par "clonage horizontal", comme réservoirs de tissu ou d'organes pour leurs jumeaux menés à terme, dès lors qu'elle s'opèrerait sous couvert "d'acte thérapeutique" ou, a fortiori, qu'on autoriserait l'expérimentation sur l'embryon humain, dans le cadre de la recherche. Mais, rien n'est moins sûr. En effet, l'humanisme ne défend l'homme que dans l'unicité de son intégrité. S'il n'y a que des morceaux d'homme, s'il n'y a qu'un homme inachevé, l'humanisme, apparemment, ne serait pas concerné".
Quant aux animaux, vont-ils rester dans les coulisses de l'éthique? "A rapprocher ainsi l'animal de l'humain, les promoteurs des applications industrielles de la transgénèse risquent de faire sauter aussi la barrière morale qui nous permettait de laisser les animaux hors de notre éthique". Mais avant même la standardisation industrielle, il y aurait une autre forme d'instrumentalisation du vivant : "Ce qui dans le clonage porte atteinte à l'unicité, c'est la manipulation de la mémoire. Si la cellule différenciée reprogrammée "totipotente" peut, à tout le moins, retrouver les chemins de la mémoire de son identité et re-produire l'intégrité de son être à partir d'une de ses parties, quelle peut être la mémoire d'un être transgénique ? Il est extrêmement difficile qu'une créature transgénique transmette le gène d'une autre espèce dont on l'a dotée à sa progéniture. A fortiori, comment envisager la reproduction de cet agrégat de pièces hétéroclites que sera un être conçu comme un réservoir d'organes transgéniques ? Ira-t-on jusqu'à le doter, comme un "cyborg", d'une mémoire artificielle pour qu'il possède un modèle d'auto-reproduction ? Mais, même si tel était le cas, cet être vivant n'imposera-t-il pas silence à cette mémoire artificielle pour laisser s'exprimer, dans la cacophonie, la mémoire des deux ou trois espèces d'êtres vivants dont il a été issu, par hybridation ? L'être transgénique ne peut être qu'un être parcouru de conflits de mémoires en souffrance dont il pâtira". 
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