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| 2. Face au clonage qui standardise : passer de l'exception culturelle à l'exception du vivant ?
Qui dit reproduction à l'identique implique des processus de standardisation et l'effacement des différences. "Pour une créature virtuelle, précise Isabelle Rieusset-Lemarié, c'est le "merchandising" : les clones de dinosaures proliférant dans la standardisation industrielle mondiale". On décline un personnage virtuel sur tous supports, du jeu vidéo au film, sans oublier les gadgets et les denrées alimentaires… On n'est plus dans la diffusion d'une oeuvre mais dans la reproduction multimédia d'un produit stéréotypé. Toutefois, les questions éthiques soulevées sont plus inquiétantes lorsqu'on menace, non plus l'exception culturelle, mais l'exception du vivant. La question essentielle, c'est de comprendre comment on est passé de la standardisation de la culture à la standardisation du vivant. C'est toute la question du livre de l’auteur : "La société, à l'ère de la reproduction multimédia, ne se contente plus de reproduire des œuvres culturelles sur tous médias, sur tous supports, indifféremment à leur teneur. Elle traite la vie elle même comme un message techniquement reproductible, en ne considérant plus ses "supports" que comme des matériaux bons à être exploités comme de purs véhicules. Elle dissocie artificiellement la consubstantialité d'un être vivant avec son propre corps qui ne saurait se réduire à son "support"". Reste à cerner ce qui a frayé la voie à cet engrenage. Pour Isabelle Rieusset-Lemarié, "cette conception nous éclaire sur le dualisme fondamental qui fonde la société de reproduction multimédia. Au dualisme traditionnel de l'âme et de la matière se substitue le dualisme du message et du média. Le média n'est pas seulement disjoint du message, il est fondamentalement déprécié comme support inerte qui n'a vocation qu'a être instrumentalisé. Mais dès qu'il est question de la reproduction multimédia de la vie, ce qui se profile c'est la réduction instrumentaliste du matériau vivant comme tel". Le clonage n'est que l'exacerbation de cette réification du vivant. Le clone biologique n'est pas seulement un double à l'identique. Ce n'est pas un jumeau : "Ce qui fait du clonage un processus de réification, c'est le fait qu'un animal ou qu'un être humain soient programmés et fabriqués comme des produits". On notera qu'Isabelle Rieusset-Lemarié parle en termes "d'exception du vivant" et pas seulement de l'humain. Côté animal, le clonage serait plus grave qu'il n'y paraît : "Les animaux ne peuvent pas, comme l'homme, compenser de façon déterminante un patrimoine génétique identique par le développement de différences culturelles acquises. Cloner un mammifère animal, c'est lui enlever l'unicité radicale qui le différenciait des formes de vie primitives et des objets. D'autant qu'il est hors de question, une fois un troupeau de vaches cloné, de s'amuser à les envoyer chacune, qui dans un pré de Normandie, qui dans un alpage des Pyrénées, pour leur donner une chance d'interagir différemment avec leur milieu. Le propos est, délibérément, d'en faire des produits standardisés qui doivent être conçus et élevés de la façon la plus identique possible, de leur clonage en laboratoire à leur découpage en morceaux…" 
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