 |  |
| 12. La solution ? Créer des avatars capables d’évoluer dans le temps, de se souvenir et d’oublier, de vivre, de mourir…
Régulièrement dans son bouquin, Isabelle Rieusset-Lemarié revient aux arts multimédias, aux créatures qui naissent de la vie artificielle. Pour elle, le clone virtuel peut être une réponse aux mirages du clonage humain. Une façon de recréer du mythe, mais aux antithèses des mythes de la création et des versions qu’en tirent des sectes comme les raëliens. Par des parcours dans le temps. Des histoires de vie. De grandes et petites morts… Ainsi parle-t-elle avec tendresse des Tamagotchi, machines liliputiennes que les enfants traitaient comme des animaux : "A se présenter comme un miroir du vivant, le Tamagotchi ne s’avoue pas seulement dépendant mais mortel. Ce devrait être un lieu commun inintéressant à ce titre, mais dans un contexte où, nous l’avons vu, les vendeurs d’illusion ne cessent de jouer sur le désir d’immortalité des êtres humains, ce rappel des lois de la nature qui nous vient d’un objet technique n’est peut-être pas inutile. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si ce jeu de miroir a prêté à des transferts à l’égard des Tamagotchi qui ne se développent en principe qu’à l’égard des seuls êtres humains. Pourtant, ils ne se présentent pas même sous la forme réaliste d’un humain virtuel. Les concepteurs d’humains virtuels devront en tenir compte. L’apparence réaliste et l’autonomie ne font pas tout. Il faut penser aussi à la dépendance et à la mortalité si l’on veut qu’une véritable relation d’altérité s’établisse entre êtres humains et humains virtuels". Et de compléter ce propos en sa conclusion : "L’incarnation du corps social des nouvelles villes virtuelles pourra se jouer au travers des avatars et des clones de synthèse dès lors que ces derniers porteront la trace de la différence sexuelle et n’entretiendront pas le fantasme d’une reproductibilité technique, gage d’immortalité". En toutes nos créations virtuelles, villes ou avatars, il convient de respecter le caractère unique de l’humain, "indissociable de ce mode de reproduction qui ne crée des singularités que parce qu’elles ne sont pas vouées à se reproduire indéfiniment à l’identique. La possibilité de la mort fonde la possibilité de l’unicité comme telle. C’est cette unicité, en tant qu’elle est vouée à disparaître, qui attise le désir, dont peut naître une nouvelle unicité. (…) Le véritable cadeau empoisonné de Zeus aux hommes aurait été l’immortalité. Les protecteurs de la mémoire, Castor et Pollux, symbolisent la limite à ne pas dépasser : l’immortalité, à la rigueur, à mi-temps, comme cette part du double, dans un autre temps figuré, mais ne jamais y mettre plus d’un pied à la fois, garder son ancrage dans son propre temps. L’immortalité, comme ce temps virtuel des doubles, comme cet autre temps du rêve dont le temps et la mémoire se nourrissent, pour se renouveler. L’immortalité comme l’ombre du temps, mais pas comme sa dénégation. Renoncer au temps, c’est ouvrir la porte du néant". 
|
|