LES THEORIES REALIENNE ? DELIRANTES, NAIVES, INVRAISEMBLABLES, MAIS SUREMENT PAS ORIGINALES. DE "STAR TREK" A KRISHNAMURTI, RAEL RECYCLE PLUS QU'IL N'INVENTE : PETIT PANORAMA DES INFLUENCES SECRETES DU PROPHETE QUEBECOIS.
Version publiée dans Chronic'art #10 (été 2003) en kiosque.
STAR TREK
C'est en 1973, lors de la première rencontre, que les Elohim auraient donné à Claude Vorilhon le nom de Raël, "ce qui veut dire littéralement, précise l'intéressé dans Le Livre qui dit la vérité, "Lumière de Dieu" ou, si l'on fait une traduction plus précise, "Lumière des Elohim"". Trois ans plus tôt, la télévision française diffusait un épisode de Star Trek, période Captain Kirk, dans lequel l'un des personnages s'appelait… Raël. Plusieurs gadgets de l'univers raëlien (comme le "réplicateur de nourriture" pour fabriquer des aliments à partir de leurs composants chimiques, ou encore la téléportation que Raël prévoit pour bientôt) semblent directement inspirés de la série culte.

L'E.T. DE ROSWELL
Chaque fois que les Elohim suggèrent à Raël d'aller porter la bonne parole dans un pays du globe (en ce moment, la Chine), la région concernée, explique-t-il, croule sous les apparitions d'ovnis. Leurs occupants, tels qu'il dit les avoir rencontrés et tels qu'ils sont dessinés sur les jaquettes de ses "best-sellers" (sic), ont un petit air de famille avec l'E.T. de Roswell, rendu célèbre en France par Jacques Pradel : une taille "voisine d'un mètre vingt", "les yeux légèrement bridés", "deux jambes", la peau blanche "mais tirant légèrement sur le vert, un peu comme un homme qui aurait mal au foie" (re-sic). Etrange coquetterie, en revanche : l'Elohim de Raël aurait également "les cheveux noirs et longs et une petite barbe noire". Comme devinez qui ?

HANS MORAVEC
Le techno-gourou Raël n'évoque jamais son nom. Nulle doute pourtant que sa vision du futur s'inspire allègrement des théories de Hans Moravec, l'un des pères de la robotique intelligente. Selon le scientifique de la Carnegie Mellon University, nous voici engagés dans une sorte de mutation de phase évolutive due à l'explosion exponentielle de la puissance des ordinateurs, qu'on jugera après-coup aussi importante que la découverte de l'outil et du langage symbolique par les premiers hominiens. Ce qu'il en attend : le téléchargement de nos cerveaux dans des machines, et donc l'immortalité !

ERIC DREXLER ET RAY KURZWEIL
Outre Moravec, Raël a visiblement lu et entendu les "techno-prophètes" que sont Ray Kurzweil et Eric Drexler. Le premier est l'auteur d'un livre, L'Age des machines intelligentes (MIT Press, 1990) qui a marqué les esprits à sa sortie, nous propulsant dans l'ère postbiologique de la symbiose homme machine et des super-intelligences. Le second est le théoricien des nanotechnologies, Auteur d'un livre culte, Engines of creation (Anchor Books, 1986) : il a entrevu le premier la possibilité de manipuler la matière atome par atome, et annonce un temps de maîtrise totale de la matière, où une simple boîte remplie de micro-robots pourrait nous "fabriquer" de la viande, des légumes, des pull-overs et bien d'autres choses encore.

CHARLES FOURIER
Hymnes à l'amour libre, condamnation du mariage, refus des tabous : les positions de Raël en matière de sexualité, qui ont beaucoup fait pour sa notoriété et la réputation sulfureuse du mouvement, fleurent bon les années 68. A l'époque, on relisait volontiers les pavés loufoques du génial Charles Fourier (1772 - 1837), pourfendeur de la civilisation du ménage monogame, théoricien des passions et chantre de l'échangisme harmonieux. Erigeant le plaisir en exigence éthique et glorifiant la "sainte prostitution", Fourier inventa une nouvelle unité sociale, le phalanstère, dont on ne doute pas que Raël approuverait l'organisation.

SAINT-SIMON
Chantre de l'industrie, père secret du positivisme (il aura Auguste Comte pour secrétaire) et précurseur du socialisme utopique, Henri Claude de Rouveroy, Comte de Saint-Simon (1760 - 1825), avait le goût des expressions religieuses. Auteur d'un célèbre Catéchisme des industriels et du Nouveau christianisme, il fondera carrément avec ses disciples une "Eglise Saint-simonienne" rigoureusement hiérarchisée sur la base de ses préceptes. Curieux mélange de progressisme techniciste, d'obsession de la communication (Ferdinand de Lesseps, concepteur des canaux de Suez et Panama, était saint-simonien) et de religiosité, le saint-simonisme trouve en quelque sorte dans le mouvement raëlien sa grotesque parodie.

PLATON
En matière politique, Raël ne fait pas de quartier : "Il faut supprimer les élections et les votes qui sont complètement inadaptés ; ne seront éligibles que les individus ayant un coefficient intellectuel supérieur de 50 % à la moyenne", lui auraient expliqué les Elohim. La geniocratie ? Une resucée appauvrie du thème platonicien des Rois Philosophes, qu'il ne se prive d'ailleurs pas de citer : pour Platon, paradigme de l'anti-démocrate, il faut placer au gouvernement ceux qui maîtrisent l'épistémé qu'est la chose politique, c'est-à-dire ceux qui savent. Le "Conseil des Eternels" qui, d'après Raël, gouverne chez les Elohim, a en outre un petit air de famille avec le "Conseil nocturne" dont parle Platon à la fin des Lois.

LE BOUDDHISME
Fasciné par le zen, l'ésotérisme et les philosophies exotiques, Raël ne pouvait pas passer à côté du bouddhisme, auquel il consacre un paragraphe dans son deuxième livre : théorie des cycles, réincarnation de l'âme, "béatitude par l'éveil" et sélection naturelle à l'échelon cosmique s'emboîtent dans son discours comme des briques dans un mur en Lego. "Le bouddhisme est la philosophie la plus proche de notre enseignement", explique-t-il, ajoutant sans rire : "Ce n'est pas par hasard que pour les asiatique je suis le Maitreya, c'est-à-dire le bouddha de l'Occident, qui était prévu, qui viendrait un jour…"