(...) Un peu comme dans Star Trek, finalement.
Un peu, oui (sourire coincé)… Les nanobots organisent la matière pour fabriquer ce qu'on veut avec les mêmes composants de base. Socialement, c'est une révolution énorme parce que cela supprime le travail. Si on y ajoute les ordinateurs, les robots et le reste… Il faut préparer les gens à cette société de l'Age d'or à laquelle nous arrivons enfin.
En vous écoutant parler d'une société sans travail et ce que vous appelez un "Age d'or", on pense à certains utopistes du XIXe siècle, des utopistes socialistes comme Marx, Saint-Simon, Robert Owen, Charles Fourier… est-ce que tout cela fait parti de vos lectures ?
J'en ai entendu parler mais je ne lis pas, pratiquement pas.
Est-ce que vous avez des influences littéraires ou philosophiques…
Philosophiques oui, mais c'est plus du côté des sages si je puis dire. Bouddha, Krishnamurti, j'aime beaucoup. Khalil Gibran, Le Prophète, Les Jardins du prophète, etc. Des sages et des poètes donc.
Quels poètes ?
Khalil Gibran, c'est mon préféré. Mais j'aime bien aussi Richard Bach (Jonathan le goéland) et Saint Exupéry bien sûr, Le Petit prince… L'explication de la Genèse des Elohims - pour moi ils ont créé la vie sur Terre - mélange la science et l'art. Si seuls des scientifiques avaient créé la vie, nous serions entourés de souris grise, de grenouilles grises et d'oiseaux gris. Or il y a le paon, comme les colibris ici, oeuvres de l'artiste. Les artistes et les scientifiques commencent seulement à travailler ensemble dans des laboratoires génétiques. L'artiste brésilien Eduardo Kac a fait le premier lapin fluo. Ce n'est qu'un début… rien n'est plus beau pour un artiste que de créer une oeuvre d'art vivante !
En matière de science-fiction, quels sont vos références ?
Non, je ne lis pas. Je viens de vous citer quelques personnes, mais rien de plus. Quand j'étais jeune, je lisais mais aujourd'hui j'aime mieux l'Internet et les ordinateurs. Les films aussi. Je ne lis que ce qui ne peut pas être montré en film : la sagesse de Bouddha, de Krishnamurti, parce que ce sont un peu des guides. La littérature n'a un sens pour moi qu'en tant que guide spirituel pour des aspirations élevées de l'humanité. Pour les histoires, je préfère le cinéma. Mon film préféré c'est Le Cinquième élément de… comment s'appelle-t-il déjà… ?
Luc Besson.
Oui. C'est fabuleux. Matrix aussi… le cinéma est un art complet. Quand on lit, c'est bien, cela fait travailler l'imaginaire mais c'est pas suffisant. Si un bon metteur en scène s'empare d'un texte correct, il y ajoute l'image, le son, il y aura bientôt les odeurs… on est immergé dans un autre monde, je trouve cela merveilleux.
Vous citez Matrix, Le Cinquième élément, c'est quand même très SF…
Oui, pour le cinéma, mais pas pour les livres. Sinon en matière de cinéma j'aime aussi Gandhi (de Lord Richard Attenborough - 1982, ndlr) ou Baraka (documentaire de Ron Fricke - 1993, ndlr), un film sans commentaire où l'on ne voit que des images fortes de la planète : le meilleur comme le pire dans le monde.
A l’idée de clonage on associe irrésistiblement celle d’eugénisme…
L'eugénisme, c'est l'amélioration de l'espèce humaine et je suis pour, inconditionnellement. Si c'est fait par des gens qui ont une conscience, j'en serai très heureux. Récemment, James Watson (5) a clairement affirmé qu'il était pour l'eugénisme. Pourquoi voudrait-on empêcher les êtres humains de s'améliorer ? D’abord, il y a l'eugénisme anti-négatif, c'est-à-dire lorsque l'on sait que des parents vont transmettre une maladie génétique à leur enfant. Il est aujourd’hui accepté qu'on puisse intervenir pour empêcher que cette maladie soit transmise, cela se fait tous les jours, même dans les pays où c'est officiellement illégal. Maintenant, si on est capable, par exemple, d'utiliser un petit gène qui va rendre les enfants 10 % plus intelligents... Vous préférez que votre enfant ait l’intelligence de tout le monde ou une intelligence 10 à 50 % supérieure à la moyenne ? Les mères veulent le meilleur pour leur enfant. Avoir un enfant à la carte, c'est merveilleux. Quel est le problème ? On veut laisser cela au hasard, mais le hasard donne des mongoliens, des handicapés, des enfants d'alcooliques qui ont des problèmes toute leur vie. C'est horrible ! Chaque fois qu'on parle d'eugénisme, on pense à Hitler : aller prendre des prisonniers, contre leur volonté, les triturer ou en faire des animaux de laboratoire, c'est épouvantable ! Chaque fois ce mot y est lié, mais c'est simplement un mauvais exemple d'eugénisme. L'eugénisme sert déjà à vaincre les maladies ; si on peut en prime améliorer l'espèce humaine, je trouve cela fantastique, pourquoi pas ? Pourquoi pourrait-on améliorer les vaches, les chèvres, les chevaux et pas l'homme ? Pourquoi devrait-on préserver sa médiocrité ? Ca consiste à dire : il y a 60 % de gens qui ont des lunettes (moi aussi, mais j'ai été opéré), laissons les tels quels ! Pourquoi ? Pour donner des sous aux marchands de lunettes ? (rires). Si dans une famille de myopes on peut avoir des enfants qui n'auront plus besoin de lunettes, sans avoir besoin d'être opérés, c'est formidable ! C'est un exemple, il y a des choses plus importantes. Alors on dit que tout le monde va choisir le même modèle : si les gens ont envie d'avoir une petite fille qui ressemble à Claudia Shieffer, moi je ne m'en plains pas ! S'il y a un million de Claudia Shieffer, elles seront jamais exactement semblables parce qu'il y aura toujours une part de gênes qui viendra de leurs parents respectifs, mais pourquoi ne pas vouloir avoir des enfants plus beaux et plus intelligents… je ne vois pas où est le problème.
Et quels seraient selon vous les critères de cette amélioration ?
C'est le choix des parents. Que des parents puissent avoir des enfants comme ils le souhaitent, dans la mesure où ils ne dégradent pas les qualités de base de l'être humain. Je dis cela parce que récemment, j'ai entendu parler d'un couple d'aveugles aux Etats-Unis qui a fait faire des interventions scientifiques pour que son enfant soit aveugle également. C'est monstrueux ! Le propos ici consiste à dire : "on a le droit d'être différent". S'ils trouvent beau le monde des aveugles, tant mieux pour eux, mais c'est horrible que d'imposer cela à l'enfant.
On imagine qu’une instance de contrôle serait nécessaire…
Je crois surtout qu'il faut "conscientiser" les gens. Je crois plus à la conscientisation qu'aux lois. Les lois sont toujours contournées quand elles ne sont pas adaptées.
De quelle manière vont réagir, selon vous, les premiers individus clonés lorsqu'ils en prendront conscience ?
Cette question revient souvent… Pour répondre, je cite souvent le cas de Louise Brown (6), le premier bébé éprouvette, née il y a 25 ans. Maintenant, on compte dans le monde 200 000 enfants nés par fertilisation in vitro. Ca n'est pas écrit sur leur front. Quand Louise Brown est née, on criait au scandale, on craignait que ces enfants soient montrés du doigt. Or ils jouent avec les autres, ils ont une enfance normale et vivent le plus naturellement du monde. Le fait qu'ils aient été conçus en éprouvette, d'une femme mariée ou d'une mère célibataire, cela ne change rien. S'ils sont entourés d'amour et éduqués correctement par les gens qui les entourent, il n'y aucun problème.
Vous intéressez-vous à la psychanalyse, dont le modèle serait intégralement remis en cause dans le monde que vous décrivez ?
Oui, tout à fait. La psychanalyse freudienne surtout ! Une des choses les plus malfaisantes qu'il y ait eu sur Terre. Voilà quelque chose qui a fait du mal aux êtres humains.