(...) Justement, qu'est-il arrivé ?
Apparemment, il y a cinq bébés qui sont nés, et d'autres vont naître prochainement… Mais j'ai surtout inspiré Brigitte pour l'étape suivante, plus intéressante, parce que le clonage, c'est déjà du passé. Un nouveau projet, donc, bien que tout soit dans ma tête depuis trente ans : "Babytron". Actuellement, si vous vous faites cloner, il faut attendre neuf mois que le foetus se développe dans le ventre d'une mère, c'est naturel. Et puis ensuite, 18 ans au moins pour avoir un frère siamois adulte. Par ailleurs, ce ne sera pas vous : les frères siamois ont des personnalités et des caractères différents, bien qu'ayant des points communs génétiques énormes (des maladies peuvent se déclencher en même temps, par exemple). Mais il n'a ni votre compte en banque, ni votre copine, donc ce n'est pas vous. L'objectif est d'arriver à l'étape ultime : être soi-même. Pour cela, il faut découvrir la croissance accélérée : on prend une cellule et on fait croître votre clone non pas en 18 ans, ni même en quelques mois, mais en quelques heures à l'aide d'une machine spécifique capable de réaliser ce que le ventre d'une mère ne peut pas faire. De cette machine que j'ai vue - car je l'ai vue ! -, sortira un individu adulte, comme vous, mais qui n'aura ni mémoire, ni personnalité. C'est ici qu'intervient la troisième étape : le transfert de toutes les informations de votre cerveau (mémoire, acquis, tout ce qui fait que vous êtes vous) lorsque vous êtes sur le point de mourir. Car nous ne voulons pas nous multiplier, ce n'est pas le but. On clone ainsi son propre corps neuf et on "downloade" en quelque sorte sa personnalité, comme d'un ordinateur à un autre. Et on se réveille soi-même dans un nouveau corps en se souvenant de son numéro de compte en banque, du prénom de sa copine…
Le clonage sera-t-il un procédé reproductif exceptionnel ou avez-vous déjà le projet d'un monde où chacun aurait la possibilité de se soumettre à ces trois étapes d'ici 50, 100 ou 200 ans ?
Je pense que ce sera beaucoup plus court. Qu'il s'agisse du clonage, du virtuel ou de la nanotechnologie, qui est encore plus passionnante, je suis certain que ce seront des réalités dans 25 ans. Pourquoi ? Grâce aux ordinateurs. Récemment, un scientifique a signalé qu’au cours des vingt dernières années, on a découvert plus de choses que dans toute l'histoire de l'humanité grâce aux ordinateurs. Leur puissance doublant régulièrement, dans 10 ans nous découvrirons encore plus de choses. Puis en 5 ans, en 2 ans et demi, en 6 mois, etc. Comme le prédisent les transhumanistes (4), que j'aime beaucoup, nous arriverons bientôt à ce qu'ils appellent le moment M, où en une minute, ou en une seconde, la puissance des ordinateurs permettra à l'homme de découvrir plus de choses que ce qu'il a découvert durant toute l'histoire de l'humanité. Cela veut dire qu'on aura instantanément accès à la totalité des connaissances. Un scientifique stupide a dit, en 1895 je crois, que ce sera terrible pour nos descendants parce qu'ils n'auront plus rien à découvrir. C'est au contraire formidable, et ce sera possible grâce aux ordinateurs dans peu de temps. Les gens vont être surpris : le monde à venir n'aura plus rien de commun avec celui que nous connaissons aujourd'hui. Les gens doivent s'y préparer, et c'est à nous, aux philosophes, aux penseurs et aux prophètes de préparer l'humanité à ce choc.
On parle ici de mémoire… pas d'intelligence artificielle ?
On parle de capacité de réflexion. Et avec les ordinateurs quantiques, on envisage une multiplication de la puissance des ordinateurs par 1000 d'un coup et non plus d'une puissance doublée tous les ans. Les gens vont être surpris : le monde d'aujourd'hui n'aura plus rien de commun avec ce monde là. Les gens doivent s'y préparer, et c'est à nous, aux médias qui sortent des sentiers battus, aux philosophes, aux penseurs et aux prophètes de préparer l'humanité à ce qui arrive.
Le clonage est-il voué à devenir la norme en matière de reproduction, au détriment du processus naturel ?
Cela doit être une question de liberté. Que les gens qui sont contre continuent de se reproduire normalement. Dans le même esprit, je dis aux gens qui sont contre la vie éternelle : "Eh bien, mourez !". Ca les fâche d'ailleurs, mais c'est la liberté de chacun. Moi, je n'ai pas envie de mourir… Notez de plus qu'il s'agira vraiment de se "reproduire", finalement. Lorsque l'on parle de la reproduction d'un tableau, ou plus simplement d'une photocopie, c'est la même chose. Et ce ne sera pas nécessairement la norme. Nous sommes contre toute norme.
Croyez-vous que quiconque pourra résister au désir de renaître, dès lors que la possibilité en sera offerte ?
Encore une fois, c'est une question d'envie et de liberté. Après, bien sûr, se poseront des problèmes de sélection. Qui y aura droit ? Cela devient un problème social et politique. Je crois qu'on peut prendre modèle sur la société des Elohims, car ils sont passés par toutes ces étapes. Chez eux, cela correspond à ce qu'on a appelé dans la Bible "le Jugement Dernier" : à la fin de la vie d'un individu, un comité le juge et décide s'il mérite ou non d'être recréé, en fonction de ce qu'il a fait, de l'amour qu'il a amené aux autres, de son intelligence, de sa fraternité, de ce qu'il a accomplit artistiquement…
Une sélection selon les notions de bien et de mal, donc ?
Forcément ! Est-ce qu'on veut donner la vie éternelle à des criminels ? Je propose deux règles à suivre, inspirées des Elohims : d'abord, il ne peut y avoir qu'un individu du même modèle en même temps, je crois que c'est sage. On ne peut se cloner que lorsque l'on meurt et que son premier corps disparaît. Ensuite, n'auront accès à cette vie éternelle que les gens qui le méritent - le fameux "Jugement Dernier".
Sera-t-il nécessaire de maintenir, voire d'encourager, la reproduction sexuelle, de manière à maintenir une diversité génétique minimale et de permettre l’émergence d’individus nouveaux ?
Question intéressante mais est-il nécessaire de se la poser ? On me parle souvent de la biodiversité et de la menace qui pèserait sur elle si tout le monde se clonait… Actuellement, nous sommes six milliards sur Terre. La biodiversité est là. Si ces six milliards d'humains se clonent tous, la biodiversité sera la même. Le fait qu'il n'y ait pas de nouvel individu n'est pas important, car tout être éveillé se renouvelle tous les jours, nous sommes tous les jours différents. Comme le signalait l'enseignement du Bouddha autrefois, on ne se baigne jamais dans la même rivière car la rivière change. J'ajoute, moi, que nous changeons aussi. Un être intelligent change tous les jours, il en est conscient et il en jouit.
Comment gérer socialement cette "vie éternelle" pour tous ?
Autrefois, nous vivions 35 ou 40 ans, maintenant nous vivons 100 ans, bientôt 150 ans. La longévité va augmenter jusqu'à environ 700 ans. Déjà, on a multiplié la longévité de petits vers par dix en laboratoire. Appliquez à l'humain, cela fait 700 ans. Là encore, ce ne sera pas pour le siècle prochain… Alors bien sûr, cela posera des problèmes sociaux : est-ce qu'on l'accepte pour tout le monde ? Est-ce qu'on peut gérer la Sécurité Sociale dans ces conditions ? Mais grâce à la nanotechnologie, on va supprimer tout travail industriel et agricole, tout travail de distribution et de commerce ; il y aura là aussi d'énormes révolutions sociales. Exemple : prenez un petit four à micro-ondes. Avec la voix (les boutons, c'est du passé), vous demandez une laitue. Avec les composants chimiques de la table de Mendeleïev, la machine crée une laitue, sans agriculture, sans distribution, sans l'industrie d’aujourd'hui. Si vous n'êtes pas végétarien et que vous commandez un steak, les "nanobots" le confectionnent avec les mêmes composants. (4) Les transhumanistes (World Transhumanist Association) cherchent à développer des possibilités techniques permettant aux hommes de vivre plus longtemps et en bonne santé, tout en augmentant leurs capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles. Voir le site transhumanism.org. 
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