4
sur 5

Cinéaste inconnu (David Mackenzie, formation BBC, des courts et un long), valeurs sûres du terroir britannique côté casting, les fondations de Young Adam sont particulièrement discrètes. Et pourtant, derrière ce sevrage de paillettes festivalières, se cache une petite perle noire à l’ambition démesurée. Finement ciselé et interprété, le film creuse le sillon déserté du film noir à l’ancienne (point de vue unique d’un anti-héros, étude de moeurs), mâtiné d’un érotisme hypnotique et glauque. Tout part de l’intrigue, adaptation d’un roman d’Alexander Trocchi, Camus scottish en plus trash, autobiographiste enragé dont la vie scandaleuse (il prostitue sa femme pour payer sa came) sert d’inspiration et de scanner puritaniste.

Il y a un peu de ça chez Joe (Ewan McGregor), le mystérieux employé de péniche mi-homme fatal mi-existentialiste dépressif, qui découvre dans la grisaille des canaux de Glasgow le cadavre nu d’une jeune femme qu’il a certainement fréquentée. La police ne l’inquiète pas, ce qui ne l’empêche pas de se questionner, perpétuellement en observation de lui-même, jamais à l’abri d’une dérive vers des histoires de cul aux conséquences excitantes. Un anti-héros à la riche mixité de sensations et d’ambiguïtés donc, que David Mackenzie prend à son compte avec une assurance incroyable, plaquant l’architecture même du film sur la structure déviante du personnage. Plans composés presque figés, rythme narratif et visuel au fil de l’eau des canaux, lumière charbonneuse ou vert gazon, la mise en scène approche frontalement les méandres sinueux du scénario.

Grand preneur de risques, Mackenzie se laisse cependant aller à l’émotion, voire à la bonne chair de cinéma. Soit pour l’auteur, le plaisir instinctif du fignolage des scènes, notamment les adultères, superbement filmés, séquences artisanales et pleines qui se lovent profondément dans une justesse, une remise en question infinitésimale tourbillonnante. C’est sûrement là qu’on peut déceler les prémisses du cinéma de John Mackenzie, esthète questionneur de sa propre technique, joyeux maniériste qui adore régler pour régler, laissant sa caméra boire le sujet. Sûr, Young Adam donne envie de se plonger dans un bon Alexander Trocchi, mais il suggère charnellement à fantasmer sur les oeuvres à venir de son jeune filmeur.

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