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Fin des années 70. Invité dans une émission de radio, Johnny Rotten, leader des Sex Pistols et ultime rock star, dresse la liste de ses disques de chevet. Il cite Neil Young. Neil Young, le baba aux cheveux longs. Plus d’un punk-rocker a du laisser échapper sa canette de bière ce soir là. Sans parler des postes de radio défenestrés.
1999. Les temps changent, dixit Bob Dylan. Plus d’un punk-rocker a du faire le déplacement pour découvrir Year of the horse, le documentaire de Jim Jarmusch sur Neil Young and the Crazy Horse en tournée. Car le gueulard des Sex Pistols avait raison, comme souvent. La musique de Neil Young avec ce groupe compte parmi les plus radicales et les plus libres. Le son gras du vieux cheval a résisté aux assauts du heavy métal de Led Zeppelin, aux crachats punk, aux années 80, au vocoder. Un vrai Graal rock. Et la quête de Jarmush est parfaite. Dès les premières images (super 8, gros grain, comme la musique), le créateur de Dead man pose clairement ses intentions. Year of the horse nous montrera le groupe en action, sur scène, avec les morceaux en intégralité. Et dans ce domaine, le Crazy Horse impressionne n’importe quel quidam, mélomane ou pas. Neil Young (guitare), Frank Sampredo (guitare), Billy Talbot et Ralph Molina (basse, batterie) jouent tête baissée. Ils peuvent tourner autour de deux accords pendant cinq minutes, comme l’énorme final de Barstool blues, et créer un son unique. Et des images tout aussi rares. Il faut les voir, se regrouper près de la batterie comme un pow wow indien. Malin, Jarmusch le sait. Alors il soigne la qualité du son, installe plusieurs caméras et prend a rebrousse poil les stupides images de live actuelles. Pas de montage syncopé au rythme de la chanson, comme sur l’abominable plateau live de Nulle part ailleurs ou les clips MTV. Pas de zoom incessants lors des solos, pour le psychédélisme bon marché. Le spectateur voit le groupe jouer, souvent en plan large. Des plans calmes, sans esbroufes, où se déchaîne la fureur des quatre hommes. Des plans signés par un fan. Évidemment le film contient aussi quelques savoureuses scènes de coulisses, comme ce moment hilarant où Billy Talbot ne sait plus dans quelle ville il se trouve. Ou la rencontre avec un fan nommé Jésus né en Israël voilà 2 000 ans…
Au finish, rien à redire. Year of the Horse rejoint tranquillement les plus grands documentaires rock, entre Dont look Back sur Dylan et Gimme shelter, le peplum décadent des Stones. Et la philosophie du Crazy Horse passe clairement : « Nous faisons ce que nous voulons, que ca vous plaise ou non. » Un film à message, somme toute.