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Quel beau fond de commerce que l’esthétique white trash américaine, son terroir profond, ses caravanes, ses rednecks dégénérés figurant la part sombre des States. Comment ne pourrait-on penser que ce continent noir peuplé de bannis consanguins et autres figures martyres qui cocottent l’imagerie d’Epinal ne s’avère aussi prenant qu’un freak show pour mondains en mal de palpitations. Dominic Murphy a au moins le mérite de connaître son audience.

La créature du film aurait été façonnée selon l’histoire vraie de Jesco White, né et résidant au cœur des Appalaches, devenu légende locale pour son génie de la danse folk mais surtout pour sa vie de dépravation. Le récit joue donc de cette métamorphose du marginal meurtri par une malédiction incurable (un besoin récurrent d’inhaler de l’essence) en chantre de la décadence et de l’automutilation. Pourtant, la tangente prise en amorce promet moins la glose sur le martyr qu’une rédemption préventive. Ce fameux talent en clogging (gigue en claquettes sur planche de bois), semble presque délester l’homme (et le film) de toute tentation égrillarde. Manifestement, Murphy n’a pas choisi cette biographie pour ses relents d’optimisme et de sobriété.

Balayant tout Salut éventuel pour son personnage, la parabole n’évite aucune ornière du cahier des charges de l’odyssée maso : passage en séjour psy, passion destructrice pour une vieille vamp (Carrie Fisher, comme revenante de son propre cauchemar biographique, seule belle idée du film), descente aux enfers balisée de psychotropes jusqu’à la crucifixion finale. A convoiter la métaphore chrétienne de l’ange déchu, le trash opera s’abîme dans un maniérisme de bénitier : et qu’on nous assaisonne d’oraisons bibliques, vociférées par l’accent midwest d’un pasteur forcené (on nous épargne heureusement les vers évangélistes du grand Johnny Cash), et qu’on nous enrobe tout ça par palanquées de plans sur buissons ardents et ciels apocalyptiques.

White Lightnin’, outre ses allants de méthode Assimil en mortification, rejoint ces gestes dont le mantra ne se résume qu’à promouvoir le dérangement et l’outrage. Et de relancer un débat vieux comme Hérode : la position des détracteurs comme celle de la frigidité face à la subversion avant-gardiste. Soit. Ce discours, relevant davantage du dogme fatigué de la suprématie du Moi-artiste sur tout discours, gravira éternellement un nouvel échelon (remember Antichrist ou l’étendard autoproclamé d’une telle mouvance). Force est de constater que l’esclandre tant espéré déplace volontairement le débat vers la liberté morale de l’artiste qui, par essence, relève d’une évidence. Peut être s’agit-il avant tout d’éluder le seul sujet qui fâche : s’agit-il de ne produire qu’une pure débauche de sensations pour alimenter une crise d’ado attardé ou par angoisse de dynamiser un art qui n’a aucun besoin d’être littéral pour se révéler subversif ?

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