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sur 5

Stiller, Vaughn, Hill au casting, Rogen et Goldberg à la plume, a priori les comptes étaient clairs : de l’humour tout additionné, du gros volume comique à prévoir. Cinq talents alignés comme des sept dans une machine à sous. Or on sort un peu dépité de Voisins du troisième type, recomptant sur ses doigts, comme après un mauvais tiercé : trois ou quatre gags frappants, deux éclats de rire, un bâillement et demi. Dans une petite bourgade américaine, le gardien de nuit d’un hypermarché est retrouvé mort. Son employeur (Ben Stiller), véritable monstre des pavillons, c’est-à-dire serviable et sociable, comptant parmi ses amis un représentant de chaque race, de chaque communauté, décide de monter une patrouille de surveillance (Vince Vaughn, Jonah Hill, Richard Ayoade) pour retrouver le coupable. Et accessoirement, fuir le lit d’une femme à laquelle il craint d’avouer sa stérilité. Or très vite le coupable s’avère être un alien.

Le film d’Akiva Schaffer (metteur en scène d’épisodes du SNL), toujours un peu amusant mais trop rarement vraiment drôle (un gag surpasse tous les autres : celui du cœur arraché), a aussi quelque chose d’arythmique, de disparate, d’inutilement compliqué. On se sent dans un premier temps complètement égaré dans cet univers, on ne comprend pas : quel rapport, au fond, entre aliens, milice facho et stérilité ?

Cette question occupe la tête pendant près d’une heure. Et puis soudain, à force de recoupements, on comprend, on voit le coup. Il y a bien un rapport – sur lequel le film patine, s’emmêle diablement les pinceaux, se rate en grande partie – mais il y en a un. C’est une chose à la fois décevante, car prouvant un manque singulier de renouvellement de la comédie américaine, et intéressante pour la science assez fine (quoiqu’à moitié roublarde et fainéante, donc) de la transposition, du glissement de sens qu’elle suppose : en réalité, Rogen et Goldberg rejouent 40 ans, toujours puceau, Supergrave & co., mais sur un mode plus ouvertement politique, adulte, moins naïf et pur (moins touchant aussi, donc). Ils continuent de tisser le fil aujourd’hui usé du geek régressif, sauvé de son impasse par l’amitié virile. Soit, mais où sont-ils, les geeks ? Où ils sont les joujoux et les figurines ?

Le plus gros geek de cette histoire, le plus régressif, c’est Ben Stiller. Fuyant la vie de couple, donc, il passe son temps à collectionner les jouets – mais pas les jouets en plastique, c’est plus grave que ça, ses jouets à lui sont des races, des échantillons communautaires qu’il bibelote, étiquette. Parmi ses amis, il lui faut son quota de Noirs, d’Asiatiques et de Latinos. Il suffit de prendre les toutes premières images du film, c’est-à-dire le cosmos avec zoom vers la Terre, puis l’Amérique, puis la petite ville, pour comprendre que c’est une Amérique de collection et une banlieue de maquette. Dans la milice, Jonah Hill et Vince Vaughn sont eux-mêmes de simples jouets manipulables (cf. Stiller sifflant Hill comme un chien), mais qui résistent, de façon plus ou moins belle, à leur manière.

C’est en objet de collection supplémentaire que Stiller et ses compagnons considèrent l’alien, ce grand Autre, au moment de le rencontrer (ils pensent d’ailleurs tout de suite au merchandising qu’entraînerait leur découverte). Or cet objet ultime va résister à la collection, il va se révéler plus vivant que les humains. Rêve et cauchemar de tout collectionneur, la dernière pièce, la plus rare, l’inaccessible, qui la complète mais aussi qui la termine, l’achève dans tous les sens du terme. Stérilité du geek : on parle beaucoup de sexe dans le film, particulièrement de sperme. Celui de Stiller, infertile, celui de l’alien (ou assimilé comme tel, à travers une matière vert fluo), entité génésique par excellence, machine reproductrice indissociable de l’idée de masse et de libido incontrôlable – au principe de l’invasion, dans tous les films du genre.

Toutes ces choses finissent par rendre le film intéressant, mais sont la plupart du temps si grossièrement posées qu’on ne les voit même pas (au milieu d’une mise en scène par ailleurs assez plate). Reste tout de même cette ultime touche Apatow, qui à défaut de surprendre émeut encore un tout petit peu : l’amitié virile, la rencontre affective, qui adoucit, puis élimine presque les relents fascistes des personnages, et d’où semble directement découler la première découverte de l’existence d’aliens. Déduction : on voit dans ces derniers, que Stiller et sa bande soupçonnent alors d’occuper les corps des habitants de la ville, tout ce dont les êtres humains étaient à leurs yeux dépourvus : une réalité organique, affective, sexuelle, régressive (et humoristique, donc), autrement dit humaine.

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