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sur 5

Nouveau rejeton de la vague « techno-production » française (après mettons, Belphégor et Le Pacte des loups), fort d’un alibi historique censé comme souvent justifier un budget colossal, Vidocq nous plonge dans le Paris de 1830, un décor proche de celui de L’Histoire des XIII de Balzac. Cette référence est d’ailleurs l’occasion de rappeler que la figure du célèbre policier corrompu, habitué des magouilles et du bagne, a fourni à l’auteur de La Comédie humaine l’un de ses personnages les plus célèbres, le malfrat homosexuel Vautrin. La mise en vedette de Depardieu dans le rôle-titre laissait imaginer une synthèse entre cette figure balzacienne et un nouveau Jean Valjean. Or, le scénario de Jean Christophe Grangé (auteur des Rivières pourpres), sans occulter le passé du personnage, lui donne le rôle d’une sorte de privé d’époque, un mercenaire évoluant en marge de la police, déterminé à élucider une affaire de meurtre en série. Vidocq est donc un polar numérico-historique qui ressemble à un scénario de série noire storyboardé par Marc Caro, crédité en tant que « designer » des personnages.

Après une scène d’introduction où Gégé se livre à un combat façon Matrix (si, si !) avec une mystérieuse créature masquée, combat dont il ne réchappe pas, on est plongé dans l’ambiance poisseuse et insalubre des bas-fonds parisiens à la veille de la révolution de 1830. Un jeune écrivain (Guillaume Canet), biographe du défunt Vidocq, vient questionner son ancien associé. Le film alterne alors les flashes-back (la police réclamant les services de Vidocq pour enquêter sur de mystérieuses disparitions) et l’action présente (le biographe poursuivant l’enquête de Vidocq, et cherchant le coupable). Le récit est donc celui d’un honnête polar, construit avec un indéniable métier, et un certain souci d’explorer l’inconscient d’une époque, la face trouble et fantasmée du xixe siècle. Le personnage de Vidocq est finalement peu exploité, l’enquête étant la vraie vedette du film, menée successivement par différents personnages. Partant du meurtre sorcier (par la foudre) de quelques notables, l’enquête mène à une créature surnaturelle, à l’origine d’un abject trafic de jeunes vierges, jusqu’à ce que le coupable -vraie surprise- soit démasqué et les différentes supercheries de l’enquête expliquées.

On déplorera alors d’autant plus une réalisation saturée d’effets spéciaux, qui aboutit à une esthétique dégoulinante et vomitive, et surtout un montage barbare et toujours en rupture avec le vrai rythme de l’histoire. Les trucages numériques, le mixage (le son est tout simplement atroce) contribuent grandement à la laideur du film, et gênent l’attention à l’intrigue et aux acteurs plutôt sages et correctement dirigés. Quant aux scènes d’action, elles rendent encore plus hybride et incohérente la forme qui, dans le sillage du Pacte des loups, tend vers un cinéma toujours plus synthétique confondant mélange des genres et « best of » de vidéophage, allant parfois jusqu’au non-sens complet. Dommage qu’un projet assez défendable, fort d’un scénario brillant et inventif, donne naissance à pareille croûte.