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sur 5

Etait-il raisonnable d’adapter à l’écran la célèbre pièce d’Oscar Wilde, Un Mari idéal ? Evidemment non, car malgré -et à cause de- sa richesse, le texte demeure bien trop précis, calibré, perfectionné pour que quiconque soit capable de s’en émanciper ou de se l’approprier un tant soit peu. Affronter cet opus équivaut à déconstruire un Rubik’s cube pour s’apercevoir finalement que seule l’organisation de départ fonctionnait, avec l’écheveau de ses situations, la scintillance de ses dialogues et de son écriture. La solution la moins périlleuse, dans ce type de cas extrême, reviendrait à filmer la pièce telle quelle, sans souci d’adaptation, de « recréation ». Mais Oliver Parker, lui, veut faire son cinéma : une troupe de comédiens confirmés (Julianne Moore, Rupert Everett) ou sur le point de le devenir (Cate Blanchett, Minnie Driver), la reconstitution classieuse d’un Londres fin XIXe (extérieurs sans aucune utilité, si ce n’est celle de faire paraître un « travail »), sans oublier quelques clins d’œil poussifs (par exemple, les personnages vont au théâtre voir De l’importance d’être constant, avec Wilde lui-même saluant son public à la fin de la représentation).

Plus agaçant encore, la manière dont l’œuvre d’origine est réduite à une pantomime débilitante, vers une version light et maniérée, proche du ridicule. Là où il y avait de l’ambiguïté, du panache, et surtout une classe folle, Parker ne donne à voir que des jérémiades capricieuses et des moues insupportables (à ce titre, Minnie Driver mérite d’être lynchée). La plupart du temps, le réalisateur confond ainsi dandysme et préciosité, légèreté et frivolité. Lors de la dernière scène d’Un Mari idéal, Gertrude Chiltern avoue à son mari qu’elle lui a menti, aveu clé du récit démontrant que l’adjectif « idéal », caractérisant l’homme, s’avère insensé, usurpé. Dans le film, il n’y a plus qu’une bourgeoise pathétique qui pouffe de honte et rougit toujours davantage au fil des mots sortant de sa bouche : tous les enjeux s’envolent alors, démontrant que ce qui a précédé s’apparentait bel et bien à une mascarade.