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sur 5

Les trois histoires du titre forment également un récit collectif : celui de La Communauté, un foyer de réinsertion pour toxicomanes. A l’intérieur de ce centre aux règlements très stricts évoluent notamment Martina (Sandra Ceccarelli), une jeune paumée rebelle, Giovanni (Marcello Di Gregorio), ouvrier morose, et Paolo (Fabio Nova, dont le visage rappelle celui de Pasolini), un ex-vendeur de voitures qui cherche à exploiter sa fibre artistique. Chaque jour, nos trois héros sont contraints d’effectuer de multiples tâches (principalement dans la cuisine et le jardin) tout en suivant des cours censés les guider vers une vie professionnelle stable. Mais le retour au cœur de la ville et de la société s’annonce complexe…

En regardant Tre storie, l’on ne perçoit jamais très bien la frontière entre le réel et le fabriqué. Car s’ils adoptent une construction proche du reportage où les séquences du quotidien alternent avec les propos des personnages tournés en vidéo, les cinéastes avouent que leur travail se rapproche surtout d’une reconstitution d’éléments volés çà et là (témoignages de membres issus de La Communauté ou d’autres groupes, entretiens avec d’anciens drogués ayant retrouvé du travail). Il est donc difficile de comprendre pourquoi Gay et San Pietro, plutôt que de faire renaître platement des parcours assez riches (Paolo, devenu un célèbre photographe de mode doublé d’un baroudeur hors pair, et, dans un registre différent, l’histoire d’amour fragile entre Martina et Giovanni, dont l’existence est voilée par sa séropositivité), ne jouent pas plus franchement la carte de la fiction, voire de la réinvention romanesque. En choisissant de ne jamais s’inscrire précisément dans une voie ou dans une autre (le sujet aurait pu donner matière à un documentaire ambitieux, mais peut-être trop risqué pour des artistes frileux), Tre storie n’a même pas l’intuition de se concentrer sur l’ambiguïté de ses procédés de mise en scène, ce qui lui aurait donné un minimum d’intérêt. Ne demeure alors qu’un produit bâtard, pas forcément désagréable (en particulier pour les amateurs de sitcoms ritales misérabilistes) mais dénué de toute vertu émotionnelle ou cinématographique.