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sur 5

Avec cette histoire d’Inspecteur Harry version drive in, on a tout à craindre que la carrière a priori sympathique de The Rock prenne une tournure peu ragoûtante. Premier film à le voir enfin seul aux manettes, Tolérance zéro est une franche déception. Sous-écrit, d’une vulgarité sans faille, ce nanar crapoteux exploite la veine beaufisante du catcheur avec une paresse et une complaisance pathétiques. Exit les espoirs placés en l’acteur depuis Bienvenue dans la jungle, place au culte du chef brutal et charismatique, et au travail décérébré dans la joie et la bonne bière.

L’ancien marine Vaughn regagne son village d’Américains moyens reclus dans la montagne. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il découvre la scierie de son enfance en cessation d’activité. La faute à un promoteur belliqueux qui terrorise la ville et l’asservit dans un casino où coule le vice sous toutes ses formes. C’en est trop de drogue, de sexe et d’argent facile pour l’armoire à glace qui redore l’honneur des bons Américains en chassant les méchants à coups de gourdin. A ses côtés, une fille de joie et un ancien alcoolo en quête de rédemption. Mais attention, ne croyez pas à un remake déguisé de Rio Bravo, voire au remake officiel de Justice sauvage, c’est « based on a true story ». Un label fièrement martelé du début à la fin, qui donne au film un parfum d’exemplarité nauséabonde. Il faut voir l’acharnement du cinéaste à mettre en scène the Rock en leader populiste, notamment lors d’une séquence de tribunal impayable où la star, filmée comme un avocat virevoltant de John Grisham, convainc ses concitoyens par un discours bourru et racoleur. Face aux textes de loi, le choc crade des plaies infligées au héros, montrées au peuple comme un trophée, face à la répartie verbale, la correction à gros coups de tatane. Ça va, on a compris, dans Tolérance zéro, la vengeance est un plat qui se mange à toutes les sauces, pourvu qu’on écrase le méchant désigné.

Logique alors que le genre soit lui-même traité comme une relecture volontairement grossière. Le double étiquetage remake et série B suffit au cinéaste qui reproduit les figures imposées en tâcheron sans cervelle. C’est même totalement revendiqué : la poutre en bois, oriflamme du film, associée en permanence à the Rock, est bien le signe indiscutable d’une lourdeur pleinement assumée. Tolérance zero existe seulement pour cogner et rendre bêtement hommage, et laisse à sa vedette le seul droit de jouer la partition qu’on imagine pour elle, la baston pour les beaufs, version rigolarde et cathartique. Mais le pire, c’est sans doute la touche cinéphile du film, qui s’inscrit en héritier officiel d’une lignée dont il est indigne. Pour les grosses pattes du pauvre Kevin Bray, il suffit de photocopier quelques lignes de scénario d’Hawks, Siegel ou Eastwood pour faire partie du club. Un dernier coup de pelle qui achève de creuser la tombe de ce gros oeuvre réactionnaire, si bête qu’il n’est même plus vraiment méchant.

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