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D’habitude on s’abstient de toute métaphore culinaire -la méthode est archi-usée en matière de critique ciné-, mais pourquoi se priver face à un cinéaste qui, lui, ne se refuse aucune facilité ? Filons donc la parfaite métaphore… A défaut de talent, Lasse Hallström possède de la suite dans les idées ; cela fait trois fois qu’il nous sert le même plat. Le « spécial Hallström » est composé de trois ingrédients simplissimes : un producteur aux visées artistiques (Miramax), un sujet issu d’un roman à succès et un casting en béton. De leur mélange résultent de superbes klougs cinématographiques qui invariablement restent sur l’estomac. C’était le cas des deux « opus » précédents (L’Oeuvre de Dieu, la part du diable, Le Chocolat, avec le second on a même frôlé la crise hépatique) et celui-ci ne déroge pas à la règle.

Cette fois Hallström s’est attaqué au roman d’Annie Proulx, Noeuds et dénouements, livre qui lui a valu un Prix Pulitzer en 1994. Etant donné que l’on n’a pas lu le bouquin on se gardera de juger l’adaptation elle-même (même si on a le vague pressentiment qu’un Pulitzer vaut forcément mieux qu’un Hallström), on se contentera donc de ce qu’il y a sur l’écran. Et ce que l’on y voit c’est un récit on ne peu plus lisse dont les seules aspérités sont les falaises escarpées de l’île de Terre Neuve, lieu principal de « l’action ». Pour être plus précis, il s’agit de l’histoire tourmentée d’un homme, une espèce de chiffe molle prénommée Quoyle (Kevin Spacey). Ecrasé durant toute son enfance par un père tyrannique, Quoyle est devenu un minable, plus pathétique que réellement aimable. Par on ne sait quel miracle, cet ectoplasme dépressif réussit à mettre dans son lit la tornade Petal (Cate Blanchett, toujours aussi caméléon et toujours aussi impressionnante). Mais après avoir dévoré sa proie toute crue et accouchée de Bunny, une petite fille, Petal se fane et prend amant sur amant ; on est loin du bonheur conjugal. Quoyle n’est, pourtant, pas au bout de ses peines ; revenant les bras lourdement chargés des deux urnes contenant les cendres de ses parents, il apprend que sa femme s’est barrée avec leur enfant…Surgit alors de nulle part Agnis (Judi Dench), une tante perdue de vue depuis des années qui lui propose illico presto de venir se ressourcer à Terre Neuve, le pays de ses ancêtres. Entre-temps Petal a été punie -elle est morte dans un accident-, Bunny récupérée, et le film peut enfin commencer.

Entre un Kevin Spacey qui joue à fond la carte de la contre-performance auto-satisfaite (on est pas loin d’un Forrest Gump version canadienne) et la flopée de secrets de famille déterrés, on ne sait plus ou donner de la tête. On vous épargnera le reste du parcours balisé de cet homme qui renaît au contact de ses racines et grâce à… l’amour. A ce psychodrame enrichi aux embruns, on est tout de même en droit de préférer un Thalassa spécial Terre Neuve, histoire de profiter à fond des âpres paysages de l’île.