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On se renifle beaucoup dans Target, et il n’est pas interdit d’y voir plus qu’un hasard : le film entier ressemble à une pub Axe géante. Même charte visuelle (le film est d’une laideur inouïe), et surtout, même morale, venue simplifier les complexes négociations sentimentales de la comédie romantique par l’écoute des sens et le retour à l’instinct. Rien de mieux que le flair pour résoudre un dilemme amoureux, par exemple celui de Lauren (Reese Witherspoon), séduite en même temps par deux hommes dont elle ignore que, agents top niveau de la CIA, ils sont aussi les meilleurs amis du monde. De leur côté, les deux autres mettront à profit tous les outils de l’espionnage pour ajuster leur drague aux préférences de la fille et ralentir l’avancée du rival. « Chacun pour sa belle gueule », prévient l’affiche ; « Vos règles du jeu », nous disait déjà Hugo Boss.

Pour le film c’est une façon, a priori plutôt amusante, de régler le solde de la comédie romantique en ramenant son horizon sentimental à celui, joyeusement crétin, d’une mentalité de gagnant qui renvoie autant à la réclame pour déodorant qu’à une décennie d’émissions MTV. Le speed-dating dégénéré de Target, c’est un peu MTV Made, et beaucoup Dismissed ou Room raider, dont il reprend à la lettre la logique d’élimination d’un prétendant au premier signe de faiblesse. Pourquoi pas, donc, sauf que le film, et c’est tout le problème, n’assume qu’à moitié son programme régressif – à l’inverse d’un Sex friends, qui prenait ouvertement son élan sur une haine désabusée de la comédie romantique pour mieux y revenir (les personnages se rêvant en orphelins du genre qui, littéralement, allait s’échouer sur les lettres géantes de la colline d’Hollywood). Echangeant le héros romantique contre le célibataire exigeant, Target fait mine pourtant, tout du long, de garder le cap de l’exigence perfectionniste de la comédie romantique (tel que résumé ici par une réplique limpide adressée à la blonde, encouragée à choisir non pas le meilleur mais celui qui la rendra meilleure).

La conclusion est à l’image de ce programme très faux-derche, feignant le retour au choix du coeur pour régler en fait le dilemme par un éloge de l’instinct de conservation (dans une situation de grand danger, sur quel Tarzan se jettera Jane ?). La fille finit par choisir, donc, et la scène fait sortir le trio indemne du duel sanglant : le perdant retrouve son ex (pourtant inexistante comme personnage depuis le début du film), et reste bon copain avec le winner, alors qu’on vient de lui faire subir, d’un « I ‘m sorry » prononcé par la fille, l’humiliation cinglante d’un « You’re dismissed ». Manière particulièrement hypocrite pour le film de jouer sur les deux tableaux, et de faire croire qu’il pense à Lubitsch (le finale de Sérénade à trois, ici rejoué à moitié avec beaucoup de volontarisme), tandis qu’il chante à tue-tête son véritable slogan: Axe, plus t’en mets, plus t’en as.

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