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sur 5

Jeune prodige de la publicité, Nelson Moss néglige toute vie privée pour se vouer corps et âme à son travail. Sara, une énigmatique jeune fille au look bohème fait irruption dans sa vie. Pressentant la détresse de cet homme arrogant qui vit à cent à l’heure, elle lui propose de passer un mois avec elle, dans son appartement. Nelson refuse, néanmoins intrigué par la proposition. Mais après une déconvenue, il perd son job et son flirt du moment, et se tourne alors vers Sara, dont l’univers et le mode de vie sont à l’opposé des siens.

Remake d’un mélo datant de 1968, réalisé par le méconnu Robert Ellis Miller, Sweet november pèche surtout par sa manière naïve de camper ses personnages, nous assénant l’opposition entre Nelson, yuppy surmené barricadé dans un immeuble bourgeois, et Sara, jeune fille « à la cool » vivant dans un quartier populaire. Quand on comprend l’argument du film, on craint, sur fond de dénonciation des travers d’une Amérique tournée vers le profit et uniquement préoccupée de réussite professionnelle, une énième et pieuse histoire de rédemption. A juste titre : Nelson va évidemment prendre goût à la vie que lui fait entrevoir Sara, et même se défaire de toute ambition dans son métier (il refuse une offre mirobolante et se brouille avec son équipier, joué par Greg Germann, le Richard Fish d’Ally Mcbeal). Une conversion à l’amour un peu trop programmée et sans grand fondement psychologique. D’autant que, pour la rendre crédible, Keanu Reeves n’offre guère mieux qu’un jeu figé et sans émotion, à base de clignements de paupières et tremblements de glotte, gamme de tics inexpressifs piqués à Richard Gere. Il se laisse voler la vedette par Charlize Theron, qui, malgré un personnage naïvement brossé comme l’antidote parfait au surmenage du businessman (jupe en laine et châle en grosse maille, dans le style carrément hippie du Larzac), parvient à dégager une certaine fragilité. Lorsque le mystère -car il y en a un- se dissipe, on avoue un petit pincement de coeur. Hélas, un épilogue interminable, ouvrant les valves des effusions contenues, nous ramène à l’indifférence.