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2
sur 5

Ancienne assistante de Jane Campion, Christina Andreef a travaillé sur les trois premiers longs métrages de la cinéaste : Sweetie, Un Ange à ma table et La Leçon de piano. De toute évidence, les deux femmes partagent un univers commun, même dialectique entre dysfonctionnements familiaux et corporels ou encore, de manière plus anecdotique, même actrice, Geneviève Lemon, l’interprète de Sweetie. Mais si à notre grand soulagement Christina Andreef possède un imaginaire assez fort pour ne pas se contenter de fabriquer du sous-Jane Campion, il ne suffit malheureusement pas de faire œuvre personnelle pour que la réussite soit au rendez-vous.

Atteinte d’un cancer, Patsy n’a plus que quelques semaines à vivre. Ses quatre enfants, trois énormes filles (l’une un peu nymphomane, l’autre très frustrée et une dernière particulièrement autoritaire) et un fils toxico et ex-taulard, reviennent à la maison pour s’occuper d’elle. Cette petite réunion familiale est loin de ravir le père, une brute égoïste qui ne supporte pas d’être dérangée dans sa petite vie tranquille. Avec un tel schéma mélodramatique Soft fruit aurait pu être le pire des tire-larmes mais la réalisatrice joue à fond la carte du grotesque. Alors que le temps est propice à la réconciliation, que la mère n’aspire qu’à la paix, la smala ne peut s’empêcher de s’asticoter, de se disputer constamment. Et Patsy au lieu de se contenter du rôle de passive moribonde se rebelle ; elle refuse de se faire soigner et se révolte enfin contre son mari tyrannique. Un humour noir plutôt salutaire mais dont le systématisme finit par lasser. A force de concevoir la famille uniquement comme une monstruosité domestique, la cinéaste ne réussit à rendre aucun de ses personnages réellement aimables. Malgré tout, de temps à autre, lorsqu’il s’affranchit de ces chamailleries et lâchetés permanentes, le film trouve le ton juste. En résultent quelques belles scènes, en particulier une escapade à la mer où Patsy et son fils abusent un peu trop de morphine. Ces rares moments sauvent de justesse ce psychodrame bancal qui oscille le plus souvent entre ennui et hystérie.